jeudi, 8 décembre 2016|

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journées d’études « La philosophie au croisement des cultures et des disciplines : à partir de W. Benjamin ».

Il s’agit de l’organisation de journées d’études en philosophie avec la participation de l’équipe de recherche Arts, appareils, diffusion (l’Université Paris 8 et la MSH Paris Nord) et de l’Equipe de recherche se basant à l’Institut de philosophie de l’Académie des sciences russe (Moscou). La durée prévisionnelle de la manifestation est d’une semaine. La manifestation servira de cadre pour une activité de recherche et d’enseignement en même temps. Elle doit comprendre des interventions de professeurs et de chercheurs confirmés aussi bien que celles de jeunes chercheurs et de doctorants. Les exposés seront faits en français et en russe et seront suivis d’une traduction (faite à titre gratuit par des volontaires). La manifestation sera ouverte au large public. Thématique du projet Le titre provisoire des journées d’études est « La philosophie au croisement des cultures et des disciplines : à partir de W. Benjamin ». Walter Benjamin est considéré à juste titre comme une des figures clé de la vie intellectuelle dans l’Europe du XX siècle. Cette position clé de Benjamin ne renvoie pas seulement à sa grandeur intellectuelle. Son œuvre est centrale également en ce qu’elle se trouve au croisement de plusieurs disciplines : philosophie, critique littéraire, histoire de l’architecture et de l’art. Aussi Benjamin est-il un penseur « errant », une figure qui, à force des circonstances, relie la culture française et la culture russe du XX siècle. Ayant collaboré dans plusieurs maisons d’éditions russes et séjourné à Moscou en hiver 1926-1927, Benjamin s’installe, dès 1933, à Paris où il passe les dernières années de sa vie. D’où le fait que plusieurs ouvrages de Benjamin évoquent la France et la Russie. L’idée de la manifestation consiste en ce que la pensée de Benjamin pourrait servir une fois de plus d’un point de rencontre entre les deux cultures, tout en donnant lieu à une recherche interdisciplinaire. Il s’en suit que la manifestation ne sera pas une rencontre entre les « spécialistes » de l’œuvre du philosophe et ne se limitera pas du tout aux enjeux exégétiques. Ayant pour point de départ la pensée de Benjamin, elle aura pour but de promouvoir, dans le cadre d’une rencontre internationale, une réflexion interdisciplinaire sur l’art et ses conditions techniques. Plusieurs axes de réflexion sont possibles :
— -la philosophie et le cinéma/la philosophie et la photographie. Benjamin fut l’un des pre-miers philosophes à mettre au centre de son interogation la révolution technologique qui s’est produite dans l’art au XIX siècle. Comme le remarque Benjamin, sur ce plan-là, la situation contemporaine est à rapprocher de la Renaissance où l’art, sans rien perdre de sa créativité, fait appel aux sciences exactes. La recherche partira du constat qu’il est impossible de comprendre l’art contemporain en l’abordant avec les notions de l’esthétique pré-industrielle du XIX siècle, en se basant sur la notion anti-technique de l’art. L’interrogation se déroulera suivant deux lignes directrices : premièrement, la façon dont les conditions techniques véhiculent le processus de la création ; deuxièmement, la façon dont la technique – le cinéma, la photographie, la vidéo et, plus récemment, les technologies digitales – modifie la sensibilité de l’homme moderne, change sa perception optique ou acoustique du côté de son approfondissement.
— -la philosophie et l’architecture. Le Journal de Moscou et les écrits de Benjamin sur Paris (Paris, capitale du XIX siècle ou le Livre des passages) ouvrent une voie vers une réflexion sur le milieu architectural et son rôle pour la psychologie du collectif. Benjamin montre qu’à côté de la perception optique de l’architecture, son appréhension en tant qu’objet extérieur à un cogito, il existe sa perception « tactile », une perception inconsciente ou « par habitude ». Cette dernière a deux particularités : d’abord, ce n’est pas une perception par un individu mais par des masses urbaines ; ensuite, elle va en profondeur, étant plus sensible à la construction (moderne) d’un bâtiment qu’à sa façade historicisante. Partant de ce fait, l’étude de la psychologie des masses urbaines peut passer par l’étude de l’infrastructure technique de l’architecture. La recherche fera l’usage de la distinction benjaminienne entre les deux types de la perceptions et retiendra son l’intérêt pour le côté technique de l’architecture. La réflexion portera sur ce qui nourrit le « rêve collectif » dont parle Benjamin : les grands espaces à construction moderne où séjourne le collectif, leurs mutations au cours des deux derniers siècles.
— -la philosophie et la littérature/ la philosophie et la traduction. La recherche partira des écrits de Benjamin sur la littérature française (Proust, Baudelaire) et la littérature russe (Dostoevsky, Leskov, la littérature des années 20). Si pour Benjamin la littérature n’existe pas séparément des conditions matérielles de son époque, il est loin de considérer l’œuvre littéraire comme une simple conséquence des bouleversements économiques. Les « conditions » ne renvoient pas ici aux rapports cause/conséquence, tandis que le « matérialisme » est moins d’ordre économique que d’ordre « physique » ou technique. La recherche s’interrogera sur les rapports de l’œuvre littéraire avec l’architecture de la ville et les types du comportement auxquels cette dernière sert de cadre, aussi bien que sur les rapports de l’œuvre avec les nouvelles technologies de l’enregistrement des données sensibles. Aussi la manifestation sera-t-elle le cadre de la réflexion théorique sur la traduction (à partir de l’essai de Benjamin La tâche du traducteur). La recherche se propose de sortir de l’opposition traditionnelle entre un « mot-à-mot » et une traduction « libre ». Il s’agira d’interroger d’une façon critique les modèles traditionnels selon lesquels la traduction est pensée, comme « traduire, c’est traduire le message du texte » ou « traduire c’est recréer une œuvre dans une autre langue ».

 
A propos de Ici et ailleurs
Il s’agirait moins de magnifier la diversité culturelle, d’exalter l’interculturalité, voire de s’émerveiller du métissage culturel en cours dans le contexte de la globalisation que de se poser, sur un mode moins béat, cette simple question : pourquoi est-il si difficile de s’entendre, pourquoi (...)
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