mardi, 6 décembre 2016|

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Présentation

Mesdames, Messieurs, chers amis.

L’Université d’été de Chilhac, à caractère international, constitue une rencontre originale. Elle est née de l’initiative de professeurs et d’étudiants en philosophie qui se sont côtoyés à l’Université Paris 8. Elle est due aussi à une association nouvelle qui se propose de prolonger, d’élargir, et de maintenir dans la durée, les échanges intellectuels et les contacts qui, ces dernières années, se sont engagés entre des habitants de la planète. Ici : en France ; et ailleurs : en Europe et en Asie.

Si cette association que je préside, se veut une association pour une philosophie nomade et si elle a précisément pris pour titre, Ici et Ailleurs, c’est que les problématiques qu’on y aborde ne sont d’aucun lieu en particulier et concernent pourtant étroitement chacune de nos cultures.

Le thème choisi, en cette année 2007, est censé nous éviter de regarder avec naïveté la réalité de notre époque marquée par de violentes conflictualités. Le différend culturel n’est pas seulement un sujet d’étude ; c’est notre quotidien, notre activité, notre lutte. L’affrontement politique n’est pas seulement un phénomène local, ici, et une réalité qui se vivrait aussi, semblablement, ailleurs, État par État. C’est un phénomène transverse, lui aussi mondialisé, et que ne surplombe pas la philosophie.

Nous sommes, au contraire, tous ensemble dans le différend culturel et les chemins où nous nous engageons se croisent ou se rejoignent, se séparent et se rapprochent, tant il est vrai que notre temps de vie nous voit, tour à tour, unis puis opposés, dans un univers désormais fermé, où les Grandes Découvertes géographiques sont achevées mais où les complexités ne cessent d’apparaître et d’ouvrir de nouveaux possibles.

L’unité de l’universel ne sera plus jamais uniforme et la diversité est devenue notre commune richesse. Bien entendu, une double résistance, freine l’élan vers la construction d’une humanité qui ne craint plus ses différences ni ses différends. Une résistance, positive, à la domination de l’unique, se trouve confrontée à une autre, négative, la résistance au partage des savoirs et des biens.

Le temps des philosophes des Lumières est révolu. Peut-être pas le temps de la philosophie. Peut-être pas non plus celui des Lumières. Jamais autant de questions ne sont apparues dans l’obscurité brutale où vit l’humanité, qui jamais ne connut d’aussi nombreux individus pouvant espérer d’aussi longs temps d’existence. Rééclairer ces nouveaux temps nous concerne tous. Ce n’est plus l’affaire de penseurs occidentaux ou orientaux ; ce n’est plus l’affaire des civilisations appuyées sur leur passé ; c’est l’affaire des Terriens qui ont besoin des histoires et des pensées de tous les continents pour aborder sans trop de dommages leur présent.

Je dirai, au cours de cette Université, ce qui m’apparaît comme étrangement neuf bien qu’il ne s’agisse pas d’une nouveauté : nous rentrons, contre toute attente, dans l’âge des limites, de l’hospitalité et de la mesure. Non que l’éthique ou la sagesse philosophique se soient, tout à coup, emparées des sociétés humaines, mais parce que, d’abord, l’empreinte écologique (c’est-à-dire la trace profonde que laissent sur la planète nos activités) ne nous donnera bientôt plus les moyens de vivre sans limite, parce qu’ensuite, la solidarité de neuf milliards d’humains en l’an 2050 ne constituera pas un choix mais une nécessité, parce qu’enfin, il va nous falloir réapprendre à compter en intégrant à nos calculs et à nos prévisions, des paramètres jusqu’ici non pris en considération. Et c’est à ce monde-là qu’il s’agit de préparer nos esprits, ici comme ailleurs.

Ici, je veux glisser une remarque : je suis devenu, progressivement, quelqu’un qui connaît un peuple, les Tsiganes ou Rroms, hommes sans territoire, sans État, sans avoir mais non sans savoir, un peuple européen s’il en est, parti à jamais des Indes voici un millénaire, un peuple de bannis et d’esclaves, un peuple qui échappa de peu à l’extermination. Ce peuple dissident, résistant et méprisé est l’archétype d’une humanité où se manifeste l’un des plus vifs différends culturels.

Ici et Ailleurs vous accueille avec joie. Nous espérons que la confrontation de nos pensées créera, entre nous des liens et que ces liens résisteront un peu à l’usure du temps. Une association, c’est une complicité. Avec l’Université, les Universités, et, par-delà ce qu’elles font pour être les sites de l’universel, il y a, par le biais de la vie associative, la possibilité de créer des connivences, de trouver des hôtes partout, de se trouver une maison ailleurs, pouvant devenir sa maison pour un temps, n’importe où dans le village planétaire. Oubliant toute modestie, nous voudrions contribuer, pour notre toute petite part, à redonner sens à une vieille ambition : celle d’être capable d’acquérir cette philosophie nomade, cette culture souple et multiple qui permet de devenir un vrai citoyen du monde.

Bienvenue et que soient féconds nos échanges et nos débats !

 
A propos de Ici et ailleurs
Il s’agirait moins de magnifier la diversité culturelle, d’exalter l’interculturalité, voire de s’émerveiller du métissage culturel en cours dans le contexte de la globalisation que de se poser, sur un mode moins béat, cette simple question : pourquoi est-il si difficile de s’entendre, pourquoi (...)
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0628dinner[tiré de Picasa Web Albums - 交大社文所 le 28 juin 2009]

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