dimanche, 11 décembre 2016|

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DISCOURS POPULISTE SUR LE PEUPLE ESPAGNOL. LE PRINTEMPS VALENCIEN.

Pourquoi parler du discours populiste dans le peuple espagnol ? Parce que la substance peuple espagnol est une substance qui appelle à l’immobilisme de la masse sociale, mais aussi à l’insurrection du peuple comme masse critique. La première option est bien développée par le franquisme et le national-socialisme et la deuxième par l’anarchisme et le communisme marxiste espagnol du XIX. Deux discours qui se sont inscrits dans la politique espagnole actuelle héritière des anciennes pratiques biopolitiques avant et après la guerre civile.

La droite et la gauche espagnoles récupèrent le discours populiste selon leurs fins électoralistes. Les uns veulent réprimer la population dans les marges des institutions, les autres libérer le peuple de ces marges capitalistes. Mais la gauche socialiste en Espagne fait à peu près la même chose que la droite, un populisme étatique à gauche qui demandent ou promet de petits changements sociaux en respectant le status quo. Je ne parle pas de la gauche unifiée qui essaie plutôt d’être moins d’accord avec l’ordre établi même si son discours n’est pas populiste dans un sens négatif.

Le discours populiste, on l’a vu début mars, dans le printemps valencien. La rue la plus importante de la ville devenait un état d’exception, état policier, un état terroriste contre les citoyens libres. La police prenait la ville comme un champ de bataille. Elle devenait un champ agambenien dans toute la règle d’exceptionnalité, de zone de violence terroriste d’État contre le peuple. La droite, après avoir gagné les élections et se servant de la profonde crise économique, essaie d’attaquer les secteurs de gauche avec une politique de tolérance zéro et de persécution des mouvements libérateurs de la masse spontanée.

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Photo prise dans la rue Xàtiva de Valence. Juste en face du Lycée Lluís Vives. La police et les étudiants sont partout. Première semaine de mars 2012 .

Les étudiants sont traités comme les martiens ziczeckians dont parle Ernesto Laclau quand il critique Zizeck dans Débats et combats. Pour un nouvel horizon de la politique dans le premier chapitre Pourquoi construire un peuple ?

Autre exemple de populisme de droite est la nouvelle réforme du travail qui place les travailleurs au chômage contre les travailleurs actifs, comme le fonctionnariat. Et les licenciements deviennent faciles et sans aucune discussion avec les syndicats espagnols.

Le signifiant vide, si on suit la thèse d’Ernesto Laclau dans La raison populiste est que les étudiants et les professeurs demandaient d’arrêter la réduction budgétaire dans l’éducation. Depuis la crise les lycées sont sans budget pour faire face aux besoins de chauffage, de matériel scolaire, etc. Des élèves issus de milieux aisés prenaient la rue sans demander une autorisation auprès de la mairie et soudain la bagarre s’est déclarée entre la police nationale et des étudiants mineurs âgés entre 13 et 15 ans qui se faisaient arrêter avec une violence hors du commun. Les arrestations de mineurs et la violence physique contre eux mettaient en question l’ordre social. N’importe qui dans la rue pouvait être frappé par les forces de la police nationale. Après les plaintes des parents, des professeurs et des élèves, le ministre de la sécurité espagnol prononçait un discours populiste pour dire qu’à Valence il existe une minorité de gauche radicale qui pose toujours des problèmes aux autorités. Point final… En fait on sait déjà que même le Pentagone pense qu’à Valence comme en Grèce et en l’Italie il existe la gauche plus radicale qu’il appelle le triangle anarchiste. L’insurrection des étudiants, des professeurs, des maîtres et des parents était la façon de devenir prince de la multitude comme chez Negri et Hardt . C’est-à-dire, c’était un mouvement social contestataire en autogestion de la part des étudiants du Lycée Lluís Vives de Valence. Pendant la durée des charges de police tout le monde, une multitude venue de toutes les villes alentour, même de Madrid et de Barcelone, venait donner son soutien à la révolte des étudiants et se manifestait contre les excès de la police nationale soutenue par la police locale. En fait la police locale, mettait les amendes que la police nationale voulait ou arrêtait n’importe quel citoyen qui montrait son désaccord quant à la manière de répondre aux manifestations des étudiants. Le discours antagoniste de Laclau vient mettre l’accent sur le positivisme dans l’idée du populisme dans le sens de la naissance de la possibilité d’élargir la démocratie réelle. Le 15M comme le printemps valencien mettent l’accent sur un populisme laclauien d’une masse consciente et critique de son histoire actuelle. Comme dit Elias Canetti dans le chapitre L’éclatement dans son livre Masse et pouvoir la masse n’a pas de limite, elle cherche à élargir ces limites. On ne sait jamais quelle est la limite. Les uns cherchent à détruire les murs, les autres les poussent pour le faire. Par éclatement je définis, donc, la subite transition d’une masse fermée à une ouverte . La masse valencienne était formée au début de lycéens, après de parents, ensuite de familles, plus tard de politiciens, de militants et finalement de tous ceux qui croyaient que la violence contre les étudiants n’était pas justifiée et qui venaient s’associer à la manifestation pacifiste. La lutte a continué jusqu’à se rassembler à l’entrée du siège du parti populaire de droite et la marée de gens était énorme. C’est pour cela, que le printemps valencien nous montre la possibilité réelle de conscience politique de la masse des citoyens et des non citoyens. En même temps, le populisme de droite augmente et se voit protégé pour pouvoir exprimer son opinion sans problème. Je me souviens que dans l’affiche de l’extrême droite à Valence on pouvait lire : Nettoie Valence ! Demande qui faisait référence à faire sortir de Valence les ressortissants étrangers. Beaucoup d’entre eux sont fils de policiers et ils achètent les voitures de la police pour leur faire du tuning et sortir dans la rue le jour de ces manifestations ce qui exprime l’ultra violence du populisme de droite qu‘il est en train de croître dans toute l’Europe de l’Est à l’Ouest. Parfois on a vu à Valence des manifestations avec des gars affichant un symbolisme hitlérien et avec la batte dans la main pour produire la peur à l’autorité par la force et sans aucun sens, gratuite. Comme des chiens de garde des préjugés raciaux et des valeurs traditionnelles disparues comme le machisme. Le plus bizarre est qu’ils comptent des handicapés et des noirs dans leurs rangs. On peut discriminer en fait plusieurs types de populisme selon l’idéologie ; les différents groupes idéologiques aiment s’appeler populiste de droite pour l’extrême droite ou, s’ils se sentent débiteurs de l’extrême gauche populiste de gauche. Je pense que toutes ces idéologies extrémistes peuvent être pensées comme des phénomènes dérivés de la modernité avec leurs différences et leurs résistances comme disent Hardt et Negri dans Common Wealth : « Les forces dominantes de la modernité ne trouvent pas seulement des différences mais aussi des résistances . » Comme le dit Ernesto Laclau dans le chapitre Populismes, ambigüités et paradoxes de sa Raison populiste, on a tendance à tomber dans les dichotomies, à rester dans le vague, caractéristiques du populisme et de la politique tout court. Je cite Ernesto Laclau : « La condition même de l’action politique n’est-elle pas la logique de la simplification et de l’imprécision ? » Toute cette psychologie de la multitude nous confond depuis le XIXème siècle. Toute la diabolisation de la multitude comme symptomatologie d’une époque. L’idée que l’individu en masse subit une contagion dans le groupe et il devient acéphale. Les différentes écoles d’hypnose ont préparé le terrain pour associer la suggestion au rôle des individus dans la masse. Par rapport à la dyade suggestionnaire-suggestionné. Le démolissage de la masse en associant la masse aux caractéristiques de la femme, du sauvage, du marginal, du malade est une constante. C’est Taine qui donne cette image du criminel ou du malade au XIX. Après Tarde va introduire des changements dans la manière d’entendre le groupe par rapport à l’influence ou à la suggestion du leader. La masse métamorphose ses figures du criminel à l’hystérique en passant par l’hypnotisé, héritier des écoles d’hypnoses de Nancy et de celle de Charcot à la Salpetrière. Mais c’est Freud qui va voir plus loin dans la suggestion en étudiant la psychopathologie dans la vie quotidienne par l’analyse des structures de l’armée et de l’église. Le sociologue Ernesto Laclau nous dit qu’au XIX siècle on voit de l’irrationalité dans la masse et que le processus pour voir de la rationalité dans la masse est asphyxié. Tarde met en avant le public sur la multitude dans son livre La foule et le public. Tarde critique Le Bon parce qu’il pense que l’important n’est pas la multitude sinon le public ou les publics ; la publicité a plus d’influence dans l’imaginaire collectif parce qu’il reste plus longtemps dans la mémoire des gens que les influences des multitudes. Les multitudes sont dangereuses parce qu’elles cherchent la confrontation ou le rapport de forces. Nonobstant, Negri et Hardt récupèrent la notion de multitude pour comprendre la postmodernité. Mais peut-être ils oublient qu’ils prennent une notion caduque du XIX siècle, apparu chez Le Bon. Pour Negri et Hardt actuellement la résistance de la multitude substitue l’idée de peuple. La multitude qui lutte contre l’Empire contemporaine. L’indignation depuis Spinoza à Hesse a réveillé des mouvements sociaux comme le 15 M espagnol qui a lutté pacifiquement contre les décisions parlementaires espagnoles et européennes. Dans l’expression même de l’indignation notre existence se rebelle . Les divers printemps arabes et le valencien sont des résistances altermondialistes à la violence des états dictatoriaux et abusifs d’Orient à Occident, les dernières jacqueries du XXI siècle. Il faut dire que le pays valencien a été pendant quatre siècles sous l’influence arabe, par rapport à la culture, l’ingénierie de l’eau, les mosquées, les croyances et la langue. C’est après la reconquête espagnole que naît la frontière physique des états en Occident et que les arabes et les juifs sont expulsés d’Espagne. Mais les influences sont restées depuis une époque de multiculturalité raciale et religieuse qui a voulu être effacée, mais qui reste encore dans les quartiers plus subversifs des villes à Valence et ailleurs dans le pays valencien. Non seulement la céramique s’est perpétuée mais les idées de résistances et de solidarités associées aux multitudes de différentes origines. Le quartier Russafa à Valence est un reflet de cette convivialité et du respect de la différence. Même si des traces s’effacent comme le fait de bruler au moyen âge des médecins juifs et d’autres citoyens juifs et arabes. On efface les influences, mais d’autres restent. Par exemple, en centre-ville a été détruite la mosquée et elle a été remplacée par une église catholique sans aucun panneau informatif de l’histoire de la mosquée et la place où ont été brulés les juifs et arabes après avoir développé un discours racial que associait la différence religieuse avec la perversion mentale et physique. Il est bien connu l’influence de l’al-Àndalus en Andalousie du VIII au XV siecle. Mais j’ai vu des représentations de la période musulmane dans la Manche espagnole où Aristote est représenté comme un homme au teint noir. Les musulmans imaginaient-ils Aristote comme un homme avec la peau noire ? L’hégémonie du pouvoir ne peut être comprise qu’à travers les logiques de l’équivalence et de la différence dans une totalité fractionnée, comme dit Laclau. Les catégories du discours, l’hégémonie et le signifiant vide, et la rhétorique nous aident à comprendre le populisme dans un sens positif en dehors de sa marginalité, de son imprécision et de son héritier transitoire de la notion de masse et de groupe soumis à la suggestion d’un leader. Comme le dit Freud, le leader et le groupe peuvent partager des idées, des sentiments ou surtout des désirs. Mais il doit reconnaître les différences entre les individus. Il ne faut pas oublier que le chef de police de Valence disait dans la télévision que les étudiants étaient clairement l’ennemi. Et qu’il faut réagir en rapport au corps de l’ennemi.

 
A propos de Ici et ailleurs
Il s’agirait moins de magnifier la diversité culturelle, d’exalter l’interculturalité, voire de s’émerveiller du métissage culturel en cours dans le contexte de la globalisation que de se poser, sur un mode moins béat, cette simple question : pourquoi est-il si difficile de s’entendre, pourquoi (...)
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