vendredi, 23 juin 2017|

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Production locale

Ils nous ont tout pris. Tout. A commencer par la créativité. Normalement, la créativité était depuis longtemps de notre côté, du côté des artistes. Les directeurs de salle, sans parler des directrices, sont passés maîtres dans l’art d’en (ab)user. Déjà les grandes boîtes nous avaient fait le coup. Aujourd’hui le schéma de l’entreprise, son mode de fonctionnement, son jargon, ses récupérations au profit du management, ses stratégies de communication, ses outils, ses valeurs, tout cela a conquis les institutions culturelles qui parlent désormais le même langage pour servir en définitive la même idéologie. Les directeurs et directrices de salle sont plus créatifs que les artistes et plus entrepreneuriaux que les entrepreneurs. Ils manient l’illusion comme aucun d’entre nous et communiquent mieux que personne pour satisfaire leur plan de carrière. Les Directeurs de salle, sans parler des directrices, sont les vrais artistes des Maisons de la Culture. Ils les dirigent comme on pilote un ballon dans le ciel, avec joie et avec fierté. Leur saison est pimentée d’évènements et de surprises en tout genre comme à la télé et ils s’entourent d’une flopée d’administrateurs et d’intendants. Et surtout, de RP - relations publiques – spécialisées prêt(e)s à dégainer plus vite que leur ombre (relations publiques pour les enseignants, les enseignés, les blonds, les bruns, les gros, les maigres, les handicapés, les femmes, les séniors, les moches, les dyslexiques, les dyspraxiques, les jeunes issus des quartiers sensibles et de l’immigration des pays du sud, les asiatiques, les anciens de la guerre d’Algérie, etc). Et quand un artiste a le privilège de rencontrer le Directeur, sans parler de la Directrice, il se sent un peu comme un gueux à la cour du Roi de France.

La décentralisation, tout ça, c’était pour quoi, au fait ? Si j’ai bien compris les anciens et lu les bons livres, normalement c’était pour irriguer les territoires, les provinces, en donnant les moyens aux artistes de créer afin que ces territoires, ces provinces se voient pourvues d’artistes à la hauteur de ceux qui évoluaient dans la capitale. Un peu comme dans certains pays, à l’Est par exemple, où les artistes permanents des théâtres font le rayonnement de la ville où ils exercent leur métier, un peu comme de bons (ou mauvais) artisans. On a les boulangers qu’on a. Les artistes (et on nous en parle tellement, des Lavaudant ou des Morel) avaient les moyens de faire leur boulot, et passaient au tamis du talent et du travail. Les directeurs de salle, et les directrices, accueillaient les artistes, tout à fait normalement, et les artistes travaillaient, et la ville vivait au rythme de leurs spectacles. Et on venait les voir. Et parmi les spectateurs, il y avait même des directeurs et des directrices d’autres salles de spectacles, d’autres villes de France (si, si, je vous jure), voire des gens de la DRAC et du Ministère. Les directeurs de salle, sans parler des directrices, ont imposé une logique marchande à la Nike, à la Coca-Cola, à la Monsanto. Ils exportent, ils écrasent, ils diffusent. La diffusion est leur principale activité. Et pour diffuser il faut s’entendre avec les autres directeurs et directrices de salle. Choisir son clan, se connecter à son réseau, mettre en concurrence les artistes et choisir d’en diffuser certains. Ils et elles appellent cela sans cynisme : la production. La diffusion est l’activité principale des directeurs et directrices de salle. Dans certains pays, à l’Est notamment, les théâtres montrent principalement les spectacles des artistes de la ville, des artistes locaux. En France, être un artiste local est synonyme de nullité. On ne peut pas être de quelque part. C’est de mauvais goût, ça fait mauvais genre. Un rien looser. Non, il faut être d’ailleurs, toujours. De nulle part en somme. Le local c’est bien quand ça concerne l’agriculture, pas la culture. Les directeurs de salle, sans parler des directrices, sont des gens bien. Ils défendent les AMAP et la production locale du fromage et des topinambours. Pas des spectacles. « On veut bien être de gauche et défendre les AMAP mais faut pas déconner non plus. Les artistes locaux, quelle misère. Y’en a pas un pour racheter l’autre. Bon, y’a bien machin et machine, mais leurs oeuvres sont pas à la hauteur de celles qu’on diffusent. Et puis eux non plus sont pas à la hauteur de ceux et de celles dont on programme les spectacles et qui sont de vrais artistes ». J’aimerais bien avoir les chiffres, mais à vue de nez leur programmation est constituée de 98% de diffusion et de 2% de production locale. C’est l’inverse ailleurs, dans certains théâtres, à l’Est par exemple.

 
A propos de Ici et ailleurs
Il s’agirait moins de magnifier la diversité culturelle, d’exalter l’interculturalité, voire de s’émerveiller du métissage culturel en cours dans le contexte de la globalisation que de se poser, sur un mode moins béat, cette simple question : pourquoi est-il si difficile de s’entendre, pourquoi (...)
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