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Les Rroms, l’Europe et nous.

Le 8 avril est Journée mondiale du peuple rrom. Elle fut créée au cours de la fondation de l’Union Romani Internationale, à Londres, en 1971. C’est à cette date que les Roms se sont dotés d’un hymne et d’un drapeau. Les Roms, présents dans la plupart des pays d’Europe, n’ont pourtant pas d’État, et n’en revendiquent pas.

La journée internationale des Roms est un moment important pour la reconnaissance de leur culture, (le rromanipen ou romanitude) et pour rappeler leur histoire, particulièrement marquée par l’holocauste, la tentative de génocide perpétrée par l’État nazi, dont ils ont été victimes pendant la seconde guerre mondiale (le samudaripen).

Le 25 mai nous élirons, en France, nos députés européens. Le Parlement ne compte, actuellement, au cours de la session 2009 – 2014, qu’une seule députée européenne d’origine Rrom, une Hongroise, Lívia Járóka. Durant la session précédente, (2004-2009), les Rroms avaient deux députées, Lívia Járóka et une autre députée européenne de Hongrie, Viktória Mohácsi. Qu’en sera-til pour le mandat 2014-2019 ? Présenter des candidats rroms n’intéresse pas les partis politiques.

Et pourtant !

Les Rroms sont l’un des peuples constituants de l’Europe. Ils y sont présents depuis au moins sept siècles alors que l’Allemagne, l’Italie, la Roumanie n’existaient pas encore !

Les Rroms sont intrinséquement européens (plus de 90% d’entre eux vivent en Europe).

Les Rroms sont des marqueurs d’Europe, présents dans les 28 États de l’Union européenne, mais aussi au-delà : en Turquie, en Albanie, en Macédoine, au Kosovo, en Serbie, en Moldavie, en Ukraine, en Russie, etc...).

Les Rroms constituent la plus nombreuse de toutes les minorités culturelles en Europe, sans doute plus de 15 millions de personnes dans l’Europe tout entière.

Les Rroms ont connu, en Europe, dans les deux provinces moldave et valaque, qui allaient devenir roumaines, le plus long des esclavages, jusqu’au milieu du XIXe siècle, pendant un demimillénaire.

Les Rroms font partie de notre histoire : ils ont subi, avec les Juifs, un génocide, par la volonté politique du IIIe Reich, dans les camps d’extermination ou le fond des forêts, comme ce fut le cas enYougoslavie. Cet événement européen est pourtant à peine commémoré !

Les Rroms de France, appelés alors « nomades » ou Tsiganes, ont été enfermés par le gouvernement français, durant la seconde guerre mondiale, dans des camps d’internement où beaucoup sont morts de froid, de faim, ou de maladies multiples. Les survivants n’en sont sortis qu’après mai...1946 !

Les 20 000 Rroms étrangers vivant aujourd’hui en France sont relativement peu nombreux : les trois dix millièmes de la population résidant dans notre pays.

Ces Rroms « en France » ne pèsent qu’un vingtième des Rroms « de France », autrement dit nos compatriotes français de culture tsigane.

Parmi les 20 000 Rroms étrangers vivant aujourd’hui en France, pour la plupart Roumains ou Bulgares, les adultes ont, en principe, le droit de voter aux élections européennes.

Les Rroms se pensent Européens d’abord, puis ressortissants du pays où ils vivent, à l’inverse des citoyens des États membres, Européens parce qu’appartenant à un pays membre de l’Union.

Leur concept de « nation sans territoire compact », d’ethnie sans État, de communauté unie dans sa diversité transnationale, interpelle les instances de l’Union européenne qui ne savent aborder ce problème politique majeur sans créer des dissensions entre les États.

Les Rroms sont entrés nombreux dans l’Union avec les nouveaux États de l’Est (dix en 2004, deux en 2007, encore un en 2013 : la Croatie). Notre conception de l’Europe se trouve interrogée. La Turquie, si elle rejoint l’Union dans l’avenir, compte, dans sa seule province de Thrace, au Nord du Bosphore, plus d’un demi million de Rroms. Tous les États des Balkans, candidats à l’entrée dans l’Union, et en particulier la Serbie, sont concernés ! En résumé, l’Europe ne se pense qu’avec les Rroms. Le débat électoral qui va s’engager tiendra-til compte de cette évidence ? On peut, sans doute, en 2014, faire « comme si » les Rroms n’étaient ni présents en Europe, ni associés à notre histoire multi centenaire, mais, tôt ou tard, la réalité resurgira et s’imposera.

La prudence voudrait qu’on ne laisse pas s’enflammer la romaphobie, le racisme antitsigane qui peuvent nourrir, bientôt, d’autres dangereuses xénophobies pourrissant la vie en société. C’est une priorité européenne que les débats prochains doivent aborder avec clarté et vigueur, car il n’y a pas d’Europe physique ou politique sans les Rroms !

Bernard Delemotte et Jean-Pierre Dacheux Le 8 avril 2014

 
A propos de Ici et ailleurs
Il s’agirait moins de magnifier la diversité culturelle, d’exalter l’interculturalité, voire de s’émerveiller du métissage culturel en cours dans le contexte de la globalisation que de se poser, sur un mode moins béat, cette simple question : pourquoi est-il si difficile de s’entendre, pourquoi (...)
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