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Lettre sur le métissage mexicain.

Réponse à Jean-Louis Déotte sur son texte « Mexique : le défi esthétique de la disparition forcée » (Appareil No. 14)

Román Domínguez Jiménez Maître de conférences (profesor asistente) à l’Institut d’esthétique de la Pontificia Universidad Católica de Chile, docteur en philosophie, université Paris 8

Note de l’auteur : Cette lettre vient vient d’être publié dans le numéro 14 de la revue Appareil. On le republie ici avec des toutes petites modifications et avec le seul ajout de la note 6 en bas de page.

Résumé :

Ce texte est une version adaptée et modifiée pour le public d’un message électronique que j’ai adressé début décembre 2014 à Jean-Louis Déotte lors de la lecture de son texte pour le numéro 14 d’Appareil, et suite à l’échange épistolaire que l’on a eu lors de sa visite au Mexique en octobre dernier pour un cycle de conférences à Mexico. Le ton initial de cet écrit donc, est celui d’une lettre d’un chercheur mexicain qui habite au Chili adressée à son professeur, collègue et ami français, concernant notamment la question du métissage à la lumière de l’enlèvement et disparition forcée, près de la ville d’Iguala, dans l’État de Guerrero, Sud du Mexique, de quarante-trois étudiants de l’École normale rurale d’Ayotzinapa, la nuit du 26 septembre 2014.

Texte :

J’ai parlé avec quelques collègues de la réception de 2666 au Mexique, étant donné que moi, je n’étais pas sur place au moment de sa sortie. Ce que l’on peut dire, c’est que le monde littéraire chez moi (même s’il est important en Amérique latine) n’a pas une grande influence sur la manière dont les gens voient les disparitions de femmes à Juarez. Certes, dans le gotha littéraire, le roman a eu un grand succès, mais il n’a pas contribué à rendre visibles les victimes pour la population mexicaine. C’est dans les milieux littéraires et universitaires qu’apparaît un rapport entre 2666 et Juarez. Bien qu’au Mexique les choses se passent (comme presque partout ailleurs) à la télé ou maintenant via les réseaux sociaux, on peut dire que c’est plutôt à partir du travail des journalistes que la question des mortes de Juarez a été connue du grand public mexicain. Concernant les œuvres ayant abordé ce sujet, on peut penser au roman du journaliste Sergio Gonzalez, Huesos en el desierto (2002, en traduction française : Des os dans le désert, Albi, Éditions du Passage du Nord Ouest, 2007), roman qui est par ailleurs l’une des inspirations de Bolaño pour 2666, ou encore au documentaire Señorita extraviada (2001) de Lourdes Portillo.

En tous cas, j’ai quelques réticences à lire 2666 en connexion avec les disparitions : j’ai lu Les détectives sauvages avec effort et cela ne m’a pas touché du tout. Je trouve la prose de Bolaño très affectée, voire artificielle. Cela est dû peut-être au fait qu’il parle des réalités que je connais sous un autre angle et je ne peux m’empêcher de comparer la ville de Mexico que je connais à la ville que Bolaño montre (je parle toujours des Détectives sauvages). La ville que je connais est presque aussi littéraire que celle de Bolaño, mais beaucoup plus sordide (et paradoxalement plus sobre aussi). Au contraire de la ville des Détectives, dans ma ville, les événements, même littéraires, ne se passent pas dans les quartiers célèbres comme Roma ou Del Valle, mais dans les quartiers populaires : Guerrero ou Agrícola Oriental ; et surtout dans la banlieue, dans ces « zones » presque anomiques, tout près du préindividuel simondonien : Neza ou Ecatepec.

Cela étant, suite au conseil d’un ami, Hector Grada, spécialiste en littérature, j’ai lu quelques recensions sur 2666 et je les trouve un peu floues : par exemple celle de Sonja Stanfield, d’après laquelle, 2666 de Bolaño exprimerait la « banalité du mal » mise en œuvre au Mexique (1). Je pense que la chose est plus complexe. À mon avis, ce qui s’est passé à Juarez n’est pas une démarche du type « Eichmann », mais c’est une affaire de cynisme et de racisme (comme tu le montres dans ton texte). En tous cas, ce ne sera que quand les choses se calmeront un peu et que mon cœur se sentira libéré de la rage que je pourrai lire en tranquillité 2666. Ce qui ne veut pas dire que je déconseille sa lecture, il s’agit de ma situation personnelle ! Le passage de ton texte dans lequel tu parles du métissage me paraît plus important : en effet, le métissage serait une fantasmagorie surtout nourrie par l’État mexicain. Il relève du mythe de la restauration de la grandeur préhispanique dans le Mexique indépendant, après l’interrègne faisandé de la période coloniale espagnole. Pourtant, ce mythe aurait une variation en ce qui concerne l’histoire de l’art. Il y aurait une certaine continuité esthétique, une sorte de noce paisible entre les trois grandes périodes : la préhispanique, la colonisation espagnole et le Mexique indépendant. Du moins, c’est ce que laisse penser la grande exposition Mexique splendeurs de trente siècles (México, esplendores de treinta siglos), présentée au Mexique et au MoMa au début des années 1990. À mes yeux, c’est le supposé d’une hybridation esthétique réussie qui a fasciné autant des auteurs comme Artaud, qui voyait dans le Mexique le salut de l’Occident (car pour Artaud il y aurait dans le Mexique contemporain des traits de la civilisation joyeuse et cruelle des peuples préhispaniques) ou encore Eisenstein, qui aurait voulu constituer une sorte de tableau dialectique de l’histoire mexicaine dans Que viva Mexico !

Mais que l’on pense l’histoire du Mexique comme une continuité avec des sursauts ou comme une restauration dialectique, la période du Mexique indépendant comporterait la synthèse harmonique entre les héritages espagnol et indien. C’est Octavio Paz qui a bien vu (dans Postdata, 1969, qui est un appendice au Labyrinthe de la solitude, de 1950) des signes qui mettent en question la fantasmagorie du métissage telle qu’elle est promue par l’État. De telle sorte que le Musée d’Anthropologie à Chapultepec serait moins un hommage à l’héritage indien qu’un miroir du régime mexicain, se voulant héritier des aztèques. Je cite Paz :

Pourquoi avons-nous cherché dans les ruines préhispaniques l’archétype du Mexique ? Et pourquoi cet archétype devrait-il être aztèque et non pas maya ou zapotèque ou tarasque ou otomi ? Ma réponse à ces questions ne plaira pas à beaucoup de gens : les vrais héritiers des assassins du monde préhispanique ne sont pas les espagnols péninsulaires, mais nous, les mexicains qui parlons castillan, que nous soyons criollos (2), métis ou indiens. De telle sorte que le musée exprime un sentiment de culpabilité qui, par le biais d’une opération de transfert et décharge décrite par la psychanalyse, transforme la culpabilité en glorification de la victime.(3)

Cela explique en partie pourquoi Paz (féroce critique du muralisme par ailleurs) n’est pas bien aimé au Mexique, et cela malgré son Nobel de littérature. L’autre raison de la méfiance de nombreux Mexicains envers Paz s’explique plus facilement : dans la dernière période de sa vie, il s’est beaucoup rapproché du régime d’État (notamment du Parti révolutionnaire institutionnel, PRI) et du géant médiatique Televisa. Au contraire de certains intellectuels et de la doctrine « officielle » du métissage, Paz ne croyait pas à une continuité harmonieuse, non plus qu’à une restauration mythique de l’Empire aztèque4. Encore moins à un métissage absolument réussi (par rapport aux autres peuples d’Amérique latine). Pour Paz (Labyrinthe de la solitude), nous, les Mexicains, sommes (mythiquement) hijos de la chingada (enfants de la chingada). Au Mexique, ceci est la phrase la plus insultante qu’on puisse lancer à quelqu’un. La « chingada » n’est pas une « pute », mais une femme (indienne) violée. « Chingar » est, dans son sens primordial, violer quelqu’un, ouvrir les jambes de quelqu’un pour le pénétrer sans consentement. C’est pour cela qu’on dit chinga tu madre (« nique ta mère »). Un enfant de la chingada est pire qu’un plébéien : il est un bâtard sans héritage et dont le père est absent. De telle sorte que les noms mexicains, « Domínguez » par exemple, sont pour la plupart des noms roturiers : très souvent les curés baptisaient les enfants de la chingada avec le nom du patron, maître ou seigneur du fief ou du territoire. Au Mexique donc, et au contraire des autres latitudes, nous ne sommes pas des « fils de pute ». En tant que métis, nous sommes enfants de la chingada parce que nous sommes des enfants du viol par les Espagnols des femmes indiennes (je parle d’un point de vue mythique, voire fantasmagorique, bien sûr, il y a des Mexicains qui peuvent se réclamer d’un héritage précis : espagnol, juif – et cryptojuif –, italien, français, allemand, voire libanais, comme Slim, l’un des hommes les plus riches du monde ou comme Salma Hayek), mais ce n’est pas le cas pour la plupart d’entre nous, les métis, qui au contraire des « vrais » Indiens, ne connaissons pas avec précision notre origine ethnique. Or, dans d’autres parties d’Amérique latine il n’y a pas eu de métissage si fort entre Européens et Indiens, parce que ceux-ci ont été massacrés au préalable ou anéantis par des maladies portées par les Européens (Argentine, Brésil, voire Cuba où, face à la disparition des Indiens, les Espagnols ont « importé » des Africains). C’est le cas encore pour certaines parties du Mexique : là où les Indiens n’étaient pas « civilisés » comme chez les Aztèques, mais plutôt nomades comme les Apaches, les Yaquis, les Tarahumaras, etc. il n’y a pas eu de mélange généralisé (5). C’est pour ça qu’on dit qu’au Nord du Mexique, les gens sont plus « blancs » qu’au Sud du Mexique et à Mexico, tandis que dans ce même endroit (le Nord) les Indiens, bien qu’il n’y ait pas eu de « réserves » telles qu’on les trouve aux États-Unis, restèrent confinés dans des endroits isolés, voire dans la montagne, comme les Tarahumaras, si chers à Artaud. Par contre, dans le Sud (Oaxaca, Puebla, Michoacan), et notamment grâce à l’intervention de certains ordres ecclésiastiques (dont les dominicains au Oaxaca), s’est développée une hybridation entre des pratiques autochtones, des adaptions du catholicisme et du gouvernement colonial qui ont eu pour résultat un certain métissage réussi. Ce n’est pas le cas du Chiapas qui, dans la période coloniale, dépendait du Royaume du Guatemala, où la division entre des criollos, métis, et Indiens était (jusqu’à aujourd’hui) plus forte, comme au Pérou ou en Bolivie. Cela expliquerait peut-être pourquoi la rébellion zapatiste a eu lieu au Chiapas et non pas au Oaxaca. Il est vrai par contre que partout au Mexique il y a eu un métissage culturel (comme partout) dont l’expression la plus marquante est à mon avis la cuisine mexicaine.

Or, toutes ces différences régionales n’empêchent pas que nous, la plupart des Mexicains, nous nous considérons comme des métis et que nous nous sentons très fiers de notre héritage indien. Mais il s’agit d’un métissage assez problématique au fond. En général, nous célébrons l’Indien comme ancêtre, nous l’ignorons dans la rue. Certes, cela a commencé à changer à partir de 1992 (Ve centenaire de la « découverte » de l’Amérique et du massacre des Indiens) et avec le zapatisme au Chiapas. En tout cas, Paz souligne (préface à Quetzalcoatl et Guadalupe de Jacques Lafaye) que le Mexique moderne s’est construit sur l’oubli de la colonisation espagnole, qui reste même aujourd’hui une période obscure, une sorte d’interrègne entre l’empire aztèque et le Mexique d’aujourd’hui. Par comparaison, au Chili on trouve des rues et des monuments dédiés aux conquistadors, et Pedro de Valdivia est considéré comme le fondateur du Chili. Au Mexique en revanche, Cortès est l’incarnation du mal : aucune rue ou monument important ne portent son nom. À Santiago il y a une rue « Hernan Cortès » et une statue de Pedro de Valdivia sur la place principale ; au Mexique une statue de Cortès pourrait provoquer des émeutes ! Et pourtant, c’est la période coloniale qui a construit le Mexique : le culte de la Vierge de Guadalupe est aux yeux de Paz l’invention collective la plus importante des Mexicains. Et on pourrait aller jusqu’à dire que le culte de la Vierge de Guadalupe est le métissage mexicain en acte. Mais s’il est possible de dire qu’ici on trouve une démarche réussie de métissage, on peut dire aussi que la chingada est l’envers chtonien, le tréfonds plus que dionysiaque, bâtard de la mère apollinienne qui est la Guadalupe. Bref, il n’y a pas de Mexique avant les Espagnols : il y avait des empires et des peuples qui se faisaient la guerre entre eux, bien qu’ils eussent une civilisation commune : « civilisation du maïs », etc. Nous les Mexicains, nous ne sommes pas les enfants des aztèques, mais des peuples qui se sont alliés aux Espagnols contre les aztèques, et des caciques qui ont survécu au massacre, dirigé et qui ont pactisé pas mal avec les Espagnols.

Enfin, je crois que la différence principale entre le Mexique et d’autres parties de l’Amérique latine est le rapport que nous avons au métissage. Le Chili, l’Argentine se sont construits comme des répliques européennes : Buenos Aires est une ville construite en partie à l’image de Paris. Ce n’est pas le cas à Mexico : même Maximilien s’est vu en héritier des Aztèques (comme le montrent ses blasons avec l’aigle aztèque (6)). Certes, il a voulu construire une ville européenne (Paseo de la Reforma) mais avec l’ajout d’éléments indiens (l’Empire de Maximilien a été le seul gouvernement à avoir écrit des lois en langue indienne, dont le nahuatl). Au niveau mythique, ou de la fantasmagorie, cela crée un problème : au contraire des élites d’autres pays de la région (sauf peut-être celles du Pérou avec l’Empire des Incas), les Mexicains (même s’ils sont de « race » européenne) se sentent fiers et héritiers de la culture préhispanique et de la diversité culturelle actuelle. Ce qui n’empêche qu’à la fin, le pouvoir se constitue comme une sorte de conquistador-roi aztèque, implacable contre la population si cela est nécessaire (Tlatelolco en 1968, 2014 à Iguala, pour le dire vite). Là, je suis tout à fait d’accord avec l’approche que tu fais du retour du préindividuel : c’est là où se joue la sensibilité politique. Avant la disparition des 43 étudiants à Ayotzinapa, les milliers de morts et de disparus restaient dans une invisibilité écœurante. Or, par invisibilité je ne veux pas dire qu’on ne savait pas ce qui arrivait (100 000 morts, 20 000 disparus). Les medias mexicains rapportaient toujours les disparitions, la découverte des fosses communes, les exécutions par les narcotrafiquants, la découverte macabre de corps sans tête, les vidéos mises en ligne par les narcos eux-mêmes se vantant de tuer de sang-froid leurs ennemis. Pendant la période sombre de Calderón (2006-2012), qui sera toujours vu au Mexique comme un infâme génocidaire, il y a eu des mobilisations. Mais une grande partie de la population restait en marge des événements, comme si cela arrivait ailleurs. Tandis qu’en dehors du Mexique, et en partie grâce à des opérations médiatiques menées par des groupes proches du gouvernement, la chose ne donnait pas lieu à un grand débat public. Il s’agissait à mon avis d’une démarche de propagande à l’envers : il ne fallait pas trop en parler, il fallait dire qu’il s’agissait d’une lutte contre le crime et non d’une véritable guerre contre la population menée par l’État. Au lieu de demander le respect des droits de l’homme, Sarkozy et Hollande, par exemple, ont choisi de s’en tenir au feuilleton Florence Cassez, alors que des dizaines d’êtres humains (innocents ou pas, Mexicains ou pas, comme les migrants d’Amérique centrale trouvés dans une fosse commune au Tamaulipas) étaient exécutés de manière illégale et honteuse. Deux jours après l’enlèvement des étudiants d’Ayotzinapa, je me disais encore que personne n’agissait. L’invisibilité n’était pas du tout une invisibilité absolue, mais un manque honteux de réaction face à ce qu’on a vu et qu’on ne voulait pas voir, comme une sorte de lettre volée que tout le monde avait vue, mais que personne ne voulait trouver. Mon espoir est de penser que quelque chose vient de changer : la disparition des 43 a rendu visible les horreurs de ces dernières années. En 2012 j’ai fini la présentation de ma thèse avec ces mots (voir le texte complet dans Appareil : http://appareil.revues.org/1497) :

On nous reprochera peut-être non sans raison, que l’image d’une philosophie politique par le cinéma ne peut être qu’une politique de salon vouée à des colloques et à des séminaires. Ce reproche devient plus poignant dans la mesure où nous sommes Mexicains et qu’en tant que chercheurs mexicains nous avons affaire avec la violence d’une guerre qui n’a rien à voir avec de belles images. À cela nous répondons donc que nos maîtres, au Mexique et au Nord du Mexique, ont construit de toutes pièces ce mauvais western qu’est « la guerre contre les barons de la drogue », guerre où 50 000 morts restent dans le hors-champ. Certainement ce western criminel ne pourra-t-il être conjuré, désactivé, que par des moyens qui concernent ce qui serait une appropriation massive du montage. Car désormais il ne suffit pas seulement d’occuper la rue, mais d’occuper littéralement, réellement le montage. Occuper le montage dans le contexte mexicain veut dire occuper, terrasser, mettre en miettes, par le biais du montage, tout l’appareil médiatique et communicationnel au service duquel nos gouvernants sont soumis depuis longtemps. Nous croyons que ce n’est que par cette occupation massive qu’un jour peut-être nous pourrons dire : Free at last ! Libres enfin ! ¡Libres al fin !

Peut-être cette appropriation du montage a-t-elle commencé à se faire dans les réseaux sociaux, où la plupart des mexicains se révoltent par le biais de photos, de vidéos et de textes contre les médias (dont Televisa) et contre cet État criminel. Je ne parle pas d’une révolution au sens classique, de la seule prise du pouvoir, mais de la quête d’un nouveau mode de partage qui passe par un nouveau statut du différend cosmétique, qui serait une autre façon de prendre le pouvoir, non pas politique, mais techno-esthético-politique. Finalement, et en marge de cet écrit, je voudrais remercier Jean-Louis Déotte pour avoir visité mon pays. J’ai toujours pensé que le Mexique pourrait apporter beaucoup d’éléments à sa réflexion esthético-politique. Je suis sûr que le Mexique ne l’a pas laissé indifférent et que lui et Martine Déotte ont pu remarquer qu’il s’agit d’un pays très profond : dans la violence et dans son histoire, et que dans cet endroit se jouent des choses qui nous concernent peut-être à tous, pour le présent et pour l’avenir. Merci donc …

1 Sonja Stanfield, « Cuatro imágenes del mal en 2666 de Roberto Bolaño », revue Fuentes humanísticas, Año 24, n° 44 (primer semestre, 2012), « La justicia en las humanidades », Mexico, Universidad Autónoma Metropolitana Azcapotzalco, p. 69-82. Soulignons que ce texte a pourtant le mérite de poser le problème de la violence et du mal.

2 Le terme espagnol criollo ne doit pas être compris comme créole au sens où on l’utilise aujourd’hui en français, comme culture hybride, notamment aux Antilles. Dans l’usage mexicain et d’autres parties de l’Amérique latine, Criollo, criollos veut dire « gens de race espagnole nés en Amérique ».

3 Octavio Paz, « Postdata », El laberinto de la Soledad, Postdata, Vuelta al Laberinto de la Soledad, Mexico, FCE, 1994 (Première édition de ce recueil : Mexico, FCE, 1981), p. 316-317. Traduction par mes soins. Le passage en question appartient à une section qui, d’une manière assez significative, s’appelle Crítica de la piramide (Critique de la pyramide).

4 En fait, des historiens et des archéologues ont montré que la période aztèque était une période de décadence du plateau central du Mexique par rapport à la grandeur toltèque quelques siècles auparavant : les Aztèques étant un peuple nomade venu du Nord assez récemment, une sorte de Romains mésoaméricains par rapport aux « Étrusques » (Toltèques) et aux « Grecs » (Mayas). Comme les Romains, les Aztèques auraient adopté les mythes (dont celui de Quetzalcoatl) des peuples cultivés comme les Toltèques ou encore du peuple au nom inconnu qui a bâti Teotihuacan.

5 Par exemple, Geronimo, le célèbre chef des Apaches, s’est battu contre l’armée mexicaine avant de diriger la résistance de son peuple contre les États-Unis.

6 On peut rétorquer que le blason mexicain n’est pas le seul parmi ceux des Républiques américaines qui porte des éléments autochtones : le Guatemala avec son quetzal, les pays andins avec leurs condors (Bolivie, Équateur, Bolivie, Chili) et lamas (Pérou), le huemul (Chili). Reste que l’aigle du blason et des armoiries mexicains dévore un serpent sur un cactus (nopal) : il renvoie au signe que le Dieu Huitzilopchtli envoya aux aztèques alors nomades pour fonder leur ville. La légende raconte que les aztèques ont trouvé l’aigle dévorant une serpent sur un cactus dans un îlot du Lac de Texcoco (bien que des érudits contemporains aient montré qu’il n’est pas fait mention du serpent dans les codex qui ont survécu jusqu’à nos jours). Les aztèques ont par la suite fondé leur ville en l’appelant Mexico-Tenochtitlan (devenue après la ville de Mexico avec les espagnols) et eux-mêmes sont devenus mexicas. On voit bien que le blason, les armoiries mexicains ne renvoient pas seulement à un élément de distinction nationale, mais directement au mythe de la fondation de Tenochtitlan et par là, ils renvoient aussi à une continuité mythique entre l’Empire aztèque et sa capitale Tenochtitlan avec l’État mexicain contemporain et Mexico. Cela est à mes yeux résumé par la phrase du Mémorial de Colhuacan, de l’historien aztèque Chimalpahin Cuauhtlehuanitzin (je traduis de l’espagnol, mais l’original est en nahuatl) : « Aussi longtemps que le monde existera, la renommée et la gloire de Mexico-Tenochtitlan ne s’effaceront jamais » (Domingo Chimalpáhin Cuauhtlehuanitzin, Las ocho relaciones y el memorial de Colhuacán, Trad. et paléographie du nahuatl à l’espagnol par Rafael Tena. Mexico, CONACULTA, coll. « Cien de México », 1998, p. 161).

Mots-clés : métissage, disparitions forcées, Mexique, Ayotzinapa Key words : melting-pot, kidnapping, Mexico, Ayotzinapa

Bibliographie

Bolaño, Roberto, Los detectives salvajes, Barcelona, Anagrama, 1998.

Bolaño, Roberto, 2666, Barcelona, Anagrama, 2004.

Chimalpáhin Cuauhtlehuanitzin, Domingo, Las ocho relaciones y el memorial de Colhuacán, Trad. et paléographie du nahuatl à l’espagnol par Rafael Tena. Mexico, CONACULTA, coll. « Cien de México », 1998.

Gonzalez Rodríguez, Sergio, Huesos en el desierto, Barcelona, Anagrama, 2002.

Lafaye, Jacques, Quetzalcóatl et Guadalupe. La formation de la conscience nationale au Mexique, préface d’Octavio Paz, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des Histoires », 1974.

Paz, Octavio, El laberinto de la Soledad, Postdata, Vuelta al Laberinto de la Soledad, Mexico, FCE, 1994 (Première édition de ce recueil : Mexico, FCE, 1981).

Stanfield, Sonja , « Cuatro imágenes del mal en 2666 de Roberto Bolaño », revue Fuentes humanísticas, Año 24, n° 44 (primer semestre, 2012), « La justicia en las humanidades », Mexico, Universidad Autónoma Metropolitana Azcapotzalco, p. 69-82.

À lire :

Artaud, Antonin, « La culture éternelle du Mexique », « Le Mexique et la civilisation », Œuvres complètes, VIII, Paris, Gallimard, 1971. Les Tarahumaras, Gallimard Folio (Essais), 1971.

México : Esplendores de treinta siglos [Catalogue d’exposition], New York, Metropolitan Museum of Art, 1991 / Mexico, Consejo Nacional para la Cultura y las Artes, 1992.

Films cités  :

Eisenstein, Sergueï Mikhaïlovitch, Que Viva Mexico ! (Да здравствует Мексика !), URSS, 1932 (inachevé, montage de Grigori Aleksandrov, URSS 1979). Portillo, Lourdes, Señorita extraviada, Mexique, 2001.

 
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