jeudi, 25 mai 2017|

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Contribution Jean Louis

A Toulouse, lors de l’université d’été, en août 2016, qui associait le département de philosophie de l’Université Jean-Jaurès et l’association Ici et ailleurs, j’ai pu entendre un discours anti-blanc et anti-catholique, virulent et racial, en conférence et repris en ateliers par les étudiants. Conférence et université d’été étaient couvertes par l’autorisation du Président de l’université et sous la responsabilité du directeur du département de philosophie Jean-Christophe Goddard. Je n’ai pas entendu la moindre critique de la part des nombreux professeurs présents. Certains étaient peut-être, comme moi, sous le coup de la surprise, de l’effroi, enfermé dans un profond malaise. Jamais je n’aurais pensé cela possible et, si je n’y avait pas assisté, sincèrement, je ne le croirais pas. J’ai quitté ce lieu profondément meurtri et je n’y suis retourné que par amitié pour Alain Brossat.

A la lecture des propositions que vous faites circuler et qui m’intéressent beaucoup, je me demande à quoi sert de faire un catalogue des idéologies de la domination ? Pourquoi ne pas dire tout simplement cela point ! « Elle entend se réapproprier une parole libre et réflexive visant à débusquer, pour les disqualifier sans ménagement, dans les discours et les pratiques, les idéologies de la domination. » Par ailleurs, je trouve qu’à gauche nous avons cette mauvaise habitude d’être systématiquement contre. Personnellement, je préfère être positif, en faveur de la libération, de l’émancipation, de la solidarité, de la justice sociale, du vivre ensemble, de la laïcité, etc. Voilà que moi aussi je me mets à dresser un catalogue.

Le premier risque d’un catalogue est d’en oublier et de faire des exclus de fait. Je pense à la réaction de mon ami Jean-Pierre, pas Dacheux, un autre qui est handicapé et, qui me dirait : « une fois de plus, on oublie les handicapés ». Le second risque sera d’exclure par manque d’attention à chacun ou en relation avec une préférence, une proximité personnelle. Alain pointe du doigt l’antisémitisme noté dans le texte et l’islamophobie non citée dans ce même texte, il propose de ne parler que de racisme, ce qui me semble convenable, mais cela pourrait peut-être heurter certaines personnes ? Ma sensibilité me fait réagir également. L’histoire de l’anticléricalisme est une histoire bien française d’opposition radicale au pouvoir prépondérant de l’église catholique. Est-ce d’actualité ? Dans la pratique de la Gauche française cela correspond, en théorie comme en pratique, à un anti-catholicisme primaire, encore bien marqué aujourd’hui, et qui se liait jadis à une anti-religiosité radicale. Reste à savoir si l’on souhaite être dans l’histoire passée ou dans l’histoire qui se construit ?

Je sens l’anti-catholicisme primaire qui perdure derrière cet anticléricalisme affiché. Si je mesure la différence entre les deux, nous savons tous qu’ils se confondent dans les pratiques et les pensées de gauche. Ce terme de cléricalisme est trop ambiguë, au sens du Petit Larousse, c’est une doctrine favorable à l’intervention du clergé dans les affaires publiques. Mais c’est devenu un mot valise et dans la réalité de gauche, c’est purement et simplement de l’anti-catholicisme très primaire et radical. Que signifie, quel sens donné à cette opposition aujourd’hui ? Pensez-vous qu’il y ait un danger catholique en France ? Pensez-vous qu’il y ait un danger clérical de la part d’une autre communauté religieuse ?

Je porte cette question à votre réflexion, y aurait-il des religions plus respectables que d’autres ? Des atteintes aux droits les plus élémentaires plus fondamentaux pour certains que pour d’autres. ? N’y a-t-il pas des bons militants et des gens infréquentables dans tous les camps ?

La réalité en France aujourd’hui, est-ce le danger du cléricalisme ? Ou de l’instrumentalisation de la religion par des idéologues à des fins politiques que l’on connaît ? Je suis personnellement extrêmement inquiet, de voir ces camps qui s’organisent. Les jeunes étudiants que j’ai écouté à Toulouse et qui bouffent allègrement du blanc-catho, sont Français, tout comme moi, et ils ont la chance d’une formation universitaire. Les cités proches de l’université où ils habitent probablement sont très correctes. Que se passe-t-il ? Ils n’ont pas été formé par l’église catholique, mais par des enseignants de la République, qui sont dans leur immense majorité, comme chacun le sait, de gauche et anti-catho. Si quelque chose n’a pas fonctionné (ou trop bien fonctionné ?), ce n’est pas du côté de l’église qu’il faut chercher.

Sur le terrain du vivre ensemble, l’église agit depuis plusieurs décennies en faveur des échanges inter-religieux et elle a mis en place des formations qui permettent de mieux connaître l’autre. Au delà des traditionnelles associations de soutiens aux plus pauvres, les positions du clergé au plus haut niveau, sont très claires sur la nécessité de l’accueil des migrants dans la dignité. De nombreux chrétiens s’investissent, avec d’autres militants, pour le soutien de ces migrants. Oui, sur ces dossiers de la lutte contre le racisme et de l’accueil des migrants, je suis fier de mon église. Malheureusement, on trouvera des cathos dans le camps opposé. On constate une dissociation entre ce qu’enseigne, explique, promeut le clergé et les positions des cathos, surtout chez les « non-pratiquants ». Mais cela est d’une autre responsabilité, plus politique celle-là.

Sur le diocèse de Saint-Denis, que nous nommons : le diocèse arc-en-ciel, nous défendons avec satisfaction le fait que le monde entier vive sur ce territoire, toutes les nationalités, toutes les couleurs, toutes les religions, toutes les langues, y sont présentes. Les blancs et cathos, nous sommes minoritaires. Le vivre ensemble n’y est pas parfait, il nous faut prendre en compte le cumul des pauvretés matérielles, culturelles et affectives, l’entassement de tant de difficultés, le désengagement de l’Etat, etc. ; alors, on voit immédiatement qu’il y a d’innombrables solidarités qui s’exercent spontanément, sans lesquelles aucune vie en société serait possible. On voit qu’il y a de la responsabilité et du souci de ce vivre ensemble dans toutes les communautés humaines et religieuses, juifs et musulmans notamment.

Suite aux événements de 2005, une réflexion sur le diocèse a mené l’évêque à faire le tour des quartiers à la rencontre des acteurs sociaux. Tous les problèmes et toutes les réalisations faites par les habitants et les associations : de l’aide aux devoirs, au sport, théâtre, associations pour les femmes, etc., ont été listés. Cela a duré plusieurs années et ces problèmes et réalisations ont été recueilli dans un livre. Quel média en a parlé ? Quel autre acteur social ou politique en a fait autant ? Je pourrais multiplier les exemples.

A Toulouse, je me suis retiré pour me calmer, prier, retrouver mon chemin à la lumière des évangiles. Pour faire court, ma décision est de refuser de choisir entre le camp des anti-musulmans et le camps des anti-blancs-catholiques, je veux être résolument et radicalement ailleurs. Je m’oppose aux bâtisseurs de murs et souhaite être du côté des bâtisseurs de passerelles !

Rassembler va devenir de plus en plus difficile. Je crains que les contradictions ne fassent que s’exacerber. Les idéologues qui entendent favoriser le déchirement, au risque du désastre, gagnent, depuis trente ans, chaque jour un peu plus de terrain. Je considère que c’est l’échec de ce que certains appellent la Gauche.

Voilà, chers amis, je voulais porter vers vous ce questionnement : pensez-vous vraiment qu’aujourd’hui l’urgence soit la lutte contre le monde catholique, si imparfait et divers soit-il ? Pensez-vous à une autre religion ? Personnellement, je ne vois aucun « clergé », d’aucune religion qui menace la République en France aujourd’hui ! A moins que « cléricalisme » n’ait eu pour motif que de développer un catalogue d’opposition. Mais alors, est-ce bien d’un programme pour l’association qu’il s’agit ?!

Cette toute petite remarque qui ne touche que moi, est quasiment informelle. Pour le reste l’ensemble du texte proposé me satisfait pleinement. Je souhaite simplement porter à votre réflexion intime ce souci très particulier. Il n’est pas nécessaire de me répondre. Ne le faites pas ! J’ai l’habitude, étant à gauche depuis quelques décennies maintenant, de vivre dans des milieux qui ne respectent pas ce que je suis aux tréfonds. Je ne me fâche plus depuis très longtemps sur ces questions et je ne me fâcherai pas si vous maintenez le texte en l’état. D’ailleurs, il faudrait que je parvienne à cette grande sagesse sur tous les sujets de discussion. Ne pas se fâcher et écouter permet à l’autre de s’exprimer librement, d’exister. Cela m’a permis de très belles rencontres, depuis 1995 où je suis allé au premier colloque à Nancy, qui nourrissent m’a petite pensée d’ouvrier retraité et je ne renoncerai à cela pour rien au monde.

 
A propos de Ici et ailleurs
Il s’agirait moins de magnifier la diversité culturelle, d’exalter l’interculturalité, voire de s’émerveiller du métissage culturel en cours dans le contexte de la globalisation que de se poser, sur un mode moins béat, cette simple question : pourquoi est-il si difficile de s’entendre, pourquoi (...)
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