vendredi, 28 juillet 2017|

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Séminaire de doctorants « Technique(s) du cinéma, politique(s) par le cinéma ? » Coordonné par Roman Dominguez et Adolfo Vera. Facs of Life : Une présentation diagrammatique

Troisième séance Vendredi 7 mai, de 14h à 17h

Dans la séance de ce vendredi, Silvia Maglioni & Graeme Thomson, réalisateurs, artistes et chercheurs interdisciplinaires, nous présenteront quelques extraits de leur film Facs of Life, suivi d’une discussion.

Facs of Life, inspiré par la philosophie de Gilles Deleuze, est une sorte de machine à penser construite en 8 plateaux, qui sont comme autant de petits refrains, de mélanges d’archives (et de trous d’archives), de nappes textuelles, de greffes sonores et visuelles. Chaque plateau est donc comme un territoire qui entre en résonance avec un autre, quitte à former des plis, à dévier des flux, à tracer des lignes abstraites, des lignes d’abolition, de désir, de création. Il se peut qu’au milieu du « cinéma de poésie » annoncé jadis par Pasolini et du « cinéma- essai » constaté par Didi-Huberman dans l’œuvre de Farocki, nous assistions dans Facs of Life à la mise en œuvre d’une cartographie cinématographique. De la même manière que le cinéma de poésie, Facs of Life poursuit la quête d’images oniriques, barbares, archaïques. En ce sens, la « langue de la réalité » de Facs of Life, est celle d’une parole brisée qui se confond avec le bruit sourd des cailloux, du bois, des moteurs, des trompettes. Et tout comme l’essai cinématographique, ce film est bien une « forme ouverte », ou bien plus, une machine désirante, qui ne marche que traquée. C’est-à-dire qu’une telle machine ne relance son mouvement qu’à partir de connections et de déviations parfois presque imperceptibles : une femme qui dans un café écoute l’entretien d’un ancien assistant du cours de Deleuze devient la protagoniste du plan. Et dans une conversation « Skype » avec Kunichi Uno (traducteur de Deleuze au japonais), on peut repérer dans un petit cadre sur l’écran, la figure d’un des réalisateurs, ce qui nous renvoie au miroir des Menines, au Quichotte, aux Mots et les choses, bref à la fin de la représentation. Mais ces repères et ces couplages ne sont que quelques uns parmi d’autres. Il y a un bois à la Straub- Huillet, des surimpressions à la Godard, des bibliothèques à la Resnais, des brouillards à la Antonioni ; il y a même un peu de lumière à la Turner et des constructions du Corbusier, des errances de Deligny et des postures de Beckett... et même un petit air à la Albert Ayler. Mais si suggestifs et inspirateurs que soient ces hommages, répétitions et références, ils ne sont là que pour faire des couplages, pour faire pièce avec comme disaient Deleuze et Guattari, faire un gadget, une machine. Mais là encore, c’est une drôle de machinerie. Car sans doute, il s’agit pour Silvia et Graeme uniquement de faire des surfaces. Mieux dit, il s’agit de tisser des textures, de sculpter des fausses opacités, des membranes du temps, des coins abstraits, des lignes et des espaces brisés. Tout arrive un peu comme lorsqu’on parcourt « Google Earth » : il y a la forêt sibérienne avec ses ruisseaux ondulants et ses nappes de vert ; le désert d’Atacama et ses rochers lunaires. Et au large d’un île perdue on trouve un cliché inattendu de Walker Evans ; ou la photo d’une caserne inhabitée au milieu d’une route quelconque. Des photos, des clichés, des morceaux d’affiches qui opèrent alors, comme dans le poème de Blake, un seuil de la perception : qui habita ici ? Serais-je le premier à repérer cet endroit ? Est-ce que ce visage brouillé est celui d’un adultère ou d’un esprit pieux, ou l’un et l’autre à la fois ? En tout cas, il s’agit d’une pensée-mouvement, de concepts-résonance, puisqu’à la fin, le bloc, la bande, le caillou, l’affiche, le bruit, sont comme des fréquences radiales, des intensités qui ne se mesurent que par les connections et des vibrations qu’elles sont capables de mettre en place. Par là, Silvia et Graeme sont parmi les premiers à faire le renversement du rapport entre le cinéma et le concept, entre l’image et la philosophie, une espèce de petite révolution entre Copernic et Rimbaud. Car le vrai film est ailleurs... nous, on n’a que des rushes. En même temps que le concept cesse de survoler la matière. Il perd, pour ainsi le dire, ses ailles d’Icare en faveur d’une puissance de taupe : « This is night work », même s’il se fait de jour, diront Maglioni et Thomson1. Le concept n’est pas dans le cerveau ; le concept, le cerveau, la matière grise, sont désormais sous la terre ; ils sont une couche, une poussière, un brouillard. Godard annonça qu’avec Manet naquit le cinéma, puisque Olympia était déjà « une image qui pense », qui dit « moi ». Dans Facs of Life, on assiste davantage à la naissance d’un « tissu qui pense ». La mer de Solaris condamnait le protagoniste à vivre dans le souvenir. Tandis que les textures de Silvia et Graeme annoncent la nouvelle cruauté : le tissu ne dit plus « moi » comme Olympia, mais constate muettement et anonymement, « qu’il y a ». Il y a du jaune et des jeunes ; des cahiers et des falaises, du bêton et de l’herbe. Le concept alors est de plein droit, un état de l’image, voire de la matière. Mais la matière, si opaque qu’elle soit devient fréquence, onde, rythme : « je suis un brouillard »... mais aussi une faille ou une fêlure, une annonce en néon dans le noir. Mais ici, le plus curieux est que personne ne sait plus qui est ce « moi », si ce n’est une trame, un fait de la vie, tel serait la trace du diagramme... Par là aussi, Facs of Life, est une carte de la tendresse. Roman Dominguez

Voir aussi le site de Silvia Maglioni et Graeme Thomson : http://facsoflife.wordpress.com/ Calendrier de séances (les vendredis suivants, de 14h à 17h) : 21 mai, 4 juin

Pour des renseignements supplémentaires roman.dominguez club-internet.fr adolfovera27 gmail.com

Pour se rendre à la MSH PARIS NORD, 4, rue de la Croix Faron, Plaine Saint-Denis, 93210 Saint-Denis plan sur www.mshparisnord.org/acces.htm tel. 01 55 93 93 00- fax 01 55 93 93 01 1 Cf. S. Maglioni & G. Thomson, « This is night work, Meanderings around Facs of Life (a film between Deleuze and his students) », in Trahir, 1ère année, mars 2010, pp. 1-10.

 
A propos de Ici et ailleurs
Il s’agirait moins de magnifier la diversité culturelle, d’exalter l’interculturalité, voire de s’émerveiller du métissage culturel en cours dans le contexte de la globalisation que de se poser, sur un mode moins béat, cette simple question : pourquoi est-il si difficile de s’entendre, pourquoi (...)
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