Dans les années trente, Walter Benjamin élabore une thèse essentielle sur l’héritage culturel de la Grande Guerre : l’homme contemporain aurait perdu sur les champs de bataille la capacité de raconter son expérience parce qu’il est livré à un univers où les machines dominent et où ce qui mérite d’être raconté, disparaît. Au début de son Voyage au bout de la nuit, au moment où il se met à écrire, Céline semble confirmer cette thèse lorsque son personnage affirme : « Il est pas facile de (…)
Association pour une Philosophie Nomade
Articles les plus récents
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« Il est pas facile de raconter à présent » Crise de l’expérience et création artistique après la Grande Guerre
12 novembre 2018 -
“L’animalité, un analogon de l’humanité”, ou si Kant avait eu un chien
11 novembre 2018, par Diane MorganDès la première phrase de la première section du premier livre de l’Anthropologie, l’humain se construit sur le dos de l’animal assujetti : Posséder le Je dans sa représentation : ce pouvoir élève l’homme infiniment au-dessus de tous les autres êtres vivant sur la terre. (Daβ der Mensch in seiner Vorstellung das Ich haben kann, erhebt ihn unendlich über alle andere auf Erden lebende Wesen). L’animal est dépossédé d’un « Je » ; il n’est personne ; il est inconscient des changements qui (…)
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Émergence des équipements collectifs. Mise à jour
10 novembre 2018La publication de l’inédit “Michel Foucault et le CERFI” a suscité un long et intéressant commentaire de Stuart Elden, professeur à l’université de Warwick, que nous vous invitons à consulter sur son site Progressive Géographies.
A signaler également, l’écho qu’a aimablement donné à cette publication le deleuzien Keith Harris, de Seattle, sur son site My Desiring-Machines. -
Noyés dans la Méditerranée : aux origines de l’indifférence européenne
6 novembre 2018, par Arnaud FrançoisA propos d’Alessandro Leogrande, Il naufragio. Morte nel Mediterraneo, Milan, Feltrinelli, coll. « Serie Bianca », 2011
Alessandro Leogrande était un journaliste et écrivain italien (il a contribué à des périodiques tels que Il manifesto, et a publié une quinzaine d’ouvrages), formé à la philosophie. Il est décédé prématurément en 2017, à l’âge de 40 ans, d’une crise cardiaque. Pourquoi est-il important, aujourd’hui, de lire ou de relire Il naufragio, le livre qu’il a fait paraître en (…) -
Un Blanqui noir -3-
31 octobre 2018, par Alain BrossatIl y a donc cette perpétuelle asymétrie, qui n’est pas simple disproportion de forces, et qui scelle le destin des Noirs américains comme perpétuels vaincus. Il y a cet acharnement des Blancs et de la violence institutionnelle de l’Etat blanc à reconduire les Noirs à leur condition inférieure, subalterne. Il y cette animosité perpétuelle des descendants des maîtres blancs contre ceux des esclaves, et dont le ressort est clairement exposé par ce récit fondateur de l’histoire de la nation (…)
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Un Blanqui noir -2-
26 octobre 2018, par Alain BrossatLes lettres que George Jackson adresse à ses proches, à son avocate et, dans les derniers temps de son incarcération à Angela Davis, sont un laboratoire de pensée plébéienne où l’on voit, certes, les lectures (notamment celles d’auteurs révolutionnaires) instruire la pensée, mais surtout des contre-récits prendre consistance au fil d’une méditation continue, d’une concentration de la réflexion sur le parcours individuel de leur auteur et, à partir de ce fragile point d’appui, sur le destin (…)
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Un Blanqui noir -1-
21 octobre 2018, par Alain BrossatPour Jean-Gabriel Périot
I hope I have trained all of the slave out of me (Lettre de George Jackson à Fay Stender, mars 1970)
Enfermé à la prison de haute sécurité de Soledad, Californie, où il a été expédié à l’âge de 18 ans pour sa participation à une attaque à main armée qui rapporta soixante-dix dollars à ses auteurs, George Jackson écrit à son père. Au détour de l’une de ses lettres, il s’interroge : « Pourquoi la peine est-elle si draconienne, et le prix de la défaite si élevé ? » (…) -
Apprendre sans recevoir de leçons
19 octobre 2018, par Philippe RoyLe pouvoir disciplinaire, donner des leçons
Commençons comme commence ce petit court-métrage. Par l’irruption d’un énoncé au sein d’un quotidien routinier « je ne retournerai plus à l’école », énoncé dont le ton n’est pas celui combatif d’une opposition mais plutôt celui d’une décision assumée, insouciante, légèrement joyeuse. Cet énoncé est de suite accompagné d’un mystérieux « à l’école on apprend des choses qu’on ne sait pas » sur lequel je reviendrai. Cet énoncé va provoquer de suite (…) -
« Pas nazi pour un sou… » Le dessinateur Marsault, victime de l’intolérance des bien-pensants ?
18 octobre 2018, par Cédric CagnatDécidément, Français, c’est bien vrai que, chez vous, « on ne peut plus rien dire ! ». Votre pays s’enfonce tous les jours un peu plus dans l’obscurantisme de la pensée unique. La censure, Français, sévit de toutes parts – dans la patrie de Voltaire ! Le camp du Bien, celui de l’angélisme cosmopolite, remporte ces derniers temps bataille sur bataille. Bientôt, ceux qui s’obstinent à ne pas vouloir regarder la réalité en face, auront gagné la guerre. Alors, Français, il sera trop tard. Ce (…)
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« Et passez le sang aux seaux d’eau ! »
16 octobre 2018, par Alain BrossatPréface à ESPERAM NOUS MANQUERA, pièce "En mémoire du 17 Octobre 1961" de la dramaturge May Bouhada–Nordmann.
(1ère publication le 17/10/17) En 2012, à l’occasion du cinquantième anniversaire du 17 octobre 1961, François Hollande inaugura un procédé inédit et de peu de lustre en matière de reconnaissance des crimes d’Etat : l’aveu chuchoté, a minima, expédié à la sauvette. C’est par un bref communiqué qu’il se contentait en effet de relever que « le 17 octobre 1961, des Algériens qui (…)
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