Ontologie et politique de la libération : Deux voies pour déchiffrer le pouvoir
Cette analyse introduit deux arguments critiques solides – l’un ontologique, l’autre historique – qui éclairent les caractéristiques propres à la théorie du chiffrement (cryptage) du pouvoir, ce qui la distingue des autres entreprises théoriques. Les résultats sont profondément imbriqués, soulignant la structure unifiée de la théorie [2].
La preuve historique : elle se concentre sur un saut qualitatif dans la signification de la souveraineté, produit par la fusion sans précédent du peuple et de la souveraineté dans les constitutions modernes, notamment celles influencées (imposées ?) par le modèle américain. Cette fusion est démontrée comme ayant créé une forme de pouvoir nouvelle, extrêmement impénétrable et insidieuse, dans laquelle le peuple est simultanément souverain et exception. Ainsi, le peuple peut être tué, déplacé ou exclu en invoquant son propre nom. Elle analyse la façon dont ce paradoxe se matérialise dans la création d’un « peuple caché », fondé sur la construction aberrante d’un autre ensemble imaginaire de personnes (le peuple comme totalité ou le peuple comme synecdoque), c’est-à-dire le peuple sculpté à partir de ceux qui sont inclus (Blancs, propriétaires, etc.), et comment, à partir de cette fracture frauduleuse, la souveraineté parvient à la neutralisation la plus massive de l’agentivité politique jamais observée.
Anticipons la clé du chiffrement (cryptage) : sans le « peuple caché », le fantasme (fétiche) du peuple comme totalité ne fonctionne pas – en fait, il ne pourrait pas exister –, mais il n’existe qu’à partir de la négation du peuple caché ; tel est le grand paradoxe de la colonialité constitutionnelle. Le peuple caché est l’« excédent » du corps politique, l’élément exclu nécessaire à la préservation du modèle transcendant, mais inatteignable, de l’ordre libéral.
La preuve ontologique : elle repose sur une révision critique des concepts aristotéliciens de potentia et d’actualité, et plus précisément sur la distinction entre energeia et entelecheia. Il est soutenu que l’interprétation occidentale dominante du pouvoir a privilégié l’Entelecheia, c’est-à-dire l’actualisation comme réalisation d’une fin prédéterminée (telos). À l’inverse, je propose de réhabiliter l’energeia, en tant que processus immanent et continu, comme fondement d’une politique de contingence et de différence. Cette preuve cherche à démontrer que la précondition du monde est qu’aucun être ne peut être qualifié pour exister, et que la seule nécessité de la politique est la contingence absolue.
En d’autres termes, elle démontre que la démocratie, en tant que possibilité d’un autre monde, est nécessaire dans tous les mondes possibles (Sanín-Restrepo 2021b). La démocratie est la possibilité collective et contingente de transformer le monde donné. Toute impossibilité d’y procéder, qui se nomme elle-même démocratie, n’est qu’un pur simulacre violent du monde.
Prémisse : Dans une démocratie véritable (non libérale), « il ne peut y avoir aucune qualification pour communiquer la différence. La démocratie, comme seule matérialité de la politique, fait surgir le plus beau paradoxe de la philosophie : la politique est la question de toutes les questions, car elle est la question de savoir qui peut formuler des questions, de qui compte » (Sanín-Restrepo 2018).
Les deux preuves convergent vers la théorie du chiffrement du pouvoir, qui révèle comment la souveraineté moderne opère par simulation et exclusion, créant une illusion de participation démocratique tout en perpétuant un système de domination. C’est désormais à la preuve ontologique qu’il revient de déchiffrer – et donc de détruire – complètement cette simulation.
Le piège de la souveraineté : le peuple caché et le chiffrement du pouvoir
Commençons par une question. Dans l’histoire de la souveraineté occidentale (entendue comme le pouvoir absolu, autonome, originel qui crée la normalité et l’exception à partir de l’exception) – que se passe-t-il avec des concepts tels que la « résistance », l’« obéissance », la « dévotion », la « légalité », lorsque le souverain n’est plus Dieu, ni un monarque, ni une nation, c’est-à-dire une extériorité, mais que le souverain supposé est le peuple lui-même ? Qu’est-ce qui se passe, autrement dit, lorsque la souveraineté, l’exception, l’obéissance, etc., deviennent une intériorité absolue ? Que se passe-t-il, en définitive, lorsque le peuple peut être tué, déplacé, affamé au nom du peuple lui-même ?
Eh bien, voilà le premier fondement historique de la théorie du chiffrement du pouvoir. Il s’agit de vérifier l’émergence d’une forme de pouvoir entièrement nouvelle et extrêmement impénétrable et trompeuse, en tant que domination (potestas), à travers : 1. La fusion frauduleuse du peuple et de la souveraineté dans les constitutions contemporaines, et 2. La fracture du concept de peuple pour parvenir à cette monstruosité.
Rappelons la définition paradigmatique de la souveraineté par Carl Schmitt, renforcée par Agamben : « Souverain est celui qui décide de l’exception à partir de l’exception. » (Agamben 1998)
Expliquons ensuite une thèse centrale de la théorie du chiffrement du pouvoir, qui définit un profond changement dans ce que nous entendons par pouvoir, agentivité, domination et libération.
L’interaction entre la colonialité et le libéralisme crée la machine de domination la plus impitoyable de l’histoire : principalement (mais non exclusivement) à travers les constitutions de type américain et leur expansion et acceptation quasi universelles (par procuration), le peuple devient simultanément l’exception (les exclus, qui peuvent être légitimement tués) et le souverain (simulé). Souverain et exception fusionnent en un appareil impénétrable. Tel est le dénouement logique fondamental : ce qu’est l’ordre et ce que l’ordre exclut – pour pouvoir être – devient identique ; normalité et exception se con-fondent en une seule substance (Sanín-Restrepo 2016).
Ainsi, « Nous, le Peuple » est la fusion (concentration) de pouvoir la plus terrifiante et la forme de violence la plus pure sous une armure impénétrable de légitimité (Sanín-Restrepo et Machado-Araujo 2025).
Le peuple devient le modèle transcendant et mystique de sa propre exclusion. Il se constitue en fétiche de la légitimité des guerres visant à le subjuguer et à l’exproprier. L’injustice est naturalisée en justice. Le crime en loi. L’extérieur devient l’intérieur, tandis que l’exception se fait souverain simulé (voir Matos 2025 [3]).
Comme je l’ai soutenu :
L’embuscade tendue au peuple, qui le rend « pouvoir constituant », suit une logique simple. Faire du peuple le souverain, dévoluer la souveraineté à une norme, désactiver le peuple au sein de la norme, capter son énergie dans la légalité, lui dénier l’accès au langage, expulser ses corps vers la machine à mixer du marché. (Sanín-Restrepo 2016). [4]
La souveraineté n’est pas un concept simple d’autorité suprême, mais un mécanisme de pouvoir complexe et souvent trompeur. Elle est inextricablement liée à la « potestas », à l’exercice du pouvoir par la domination, qui implique la stratification délibérée des conditions pour limiter ceux qui peuvent effectivement l’exercer.
Cette domination s’opère par la construction de systèmes d’identité rigides, par l’imposition de modèles transcendants qui définissent la vie et, partant, la monopolisation du pouvoir, niant effectivement la différence et limitant et distribuant l’exercice du pouvoir.
Ce pouvoir, dans son aspect contemporain, repose sur la création du « peuple caché » : ceux qui sont exclus de la pleine protection juridique, abandonnés à la violence du marché, relégués dans un espace liminal où ils sont soumis au pouvoir arbitraire, servant d’exception qui renforce la norme (les immigrants traversant la Méditerranée qui consolident l’image du citoyen européen).
La fracture du peuple
Pour que la « potestas » (ou pouvoir comme domination) atteigne son impénétrabilité maximale, une opération cruciale est requise : la fracture du concept de peuple. Cette division stratégique s’établit entre un « peuple comme totalité » et un « peuple caché ». Le premier représente la façade de l’inclusion et de la participation, tandis que le second englobe ceux qui sont exclus et marginalisés, dont l’existence est essentielle au maintien de l’illusion de plénitude. Cette fracture est la pierre angulaire du chiffrement du pouvoir, car elle permet à la souveraineté d’opérer par simulation et exclusion, perpétuant ainsi un système de domination en apparence légitime.
Comme Jacques Rancière (2001) nous l’a clairement montré, la politique moderne, dans son essence, gravite autour de la « part des sans-part » – une structure paradoxale où la totalité apparente du corps politique se définit par son incomplétude inhérente. Cette totalité, une « fausse totalité » défendue par le libéralisme, entretient son illusion de plénitude en excluant perpétuellement une « zone extérieure » – le « peuple caché » – qui la définit par son absence.
Il existe donc une division fondamentale au cœur de la politique. Bien que « le peuple » (non Dieu, non le monarque, non l’État-nation) soit considéré comme le centre de la politique et du droit modernes, sa structure est fondamentalement fracturée. La clé du chiffrement est la conversion du concept de peuple en synecdoque. « En conséquence, une fausse totalité (le peuple des droits de l’homme et des constitutions, ceux supposément inclus sur le plan racial ou économique) symbolise et représente faussement une impossibilité infinie (les exclus, le peuple caché). » (Sanín-Restrepo et Machado-Araujo 2020b).
Le peuple comme totalité est une synecdoque pars pro toto. Une partie arbitrairement constituée (les Blancs au sein d’un État-nation, par exemple) représente et définit une infinité impossible (les marginalisés, le migrant forcé, les femmes de couleur, les personnes LGBTQIA+). Le concept de « peuple » fonctionne en combinant symboliquement ce qu’un corps politique rejette et ce dont il manque pour être une totalité authentique. Cet « excédent » irreprésentable reste logiquement hors de portée de la capacité d’absorption de tout régime de comptabilité.
Le « peuple comme synecdoque », dans lequel un groupe minoritaire privilégié représente la totalité du peuple, occulte et nie effectivement l’existence et l’agentivité du « peuple caché » qui, dans sa position paradoxale, en incarne l’envers et donc les contradictions inhérentes du pouvoir et de la souveraineté. Cependant – et c’est le coup de grâce du chiffrement – le peuple caché doit être faussement inclus pour donner une consistance au fantasme du tout. « Le point crucial est que le peuple comme totalité ne peut exister et exercer le pouvoir que si, et seulement si, il maintient cet autre secteur du peuple dans l’état de "caché" » (Sanín-Restrepo 2016, 44).
Sans le peuple caché, le fantasme (fétiche) du peuple comme totalité ne fonctionne pas – en fait, il ne pourrait pas exister –, mais il n’existe qu’à partir de la négation du peuple caché ; tel est le grand paradoxe de la colonialité constitutionnelle.
La souveraineté constitutionnelle moderne fusionne stratégiquement le « peuple caché » en tant qu’exception et souverain simulé, créant un « simulacre » de souveraineté populaire.
En les mots d’Angus McDonald :
« Quelle conclusion peut-on en tirer ? Le peuple caché, sur la présence duquel l’édifice est construit, est le point de fuite – le point vers lequel toute la construction tend, mais qui n’est pas lui-même visible, infiniment reculant. » (McDonald 2020).
La conséquence la plus notable de cette fusion est l’impénétrabilité de la souveraineté, qui en fait la machine autopoïétique parfaite. On le voit, une structure profondément contraire à l’éthique et puissante est ainsi créée. Elle utilise la reconnaissance mondiale d’une population vulnérable (l’idée ou l’abstraction du peuple caché) comme source de son pouvoir et raison de sa destruction potentielle. Toute tentative de la combattre ne fait que la rendre plus forte et plus immune. Le pouvoir du peuple est neutralisé et dépossédé en son propre nom.
Nous sommes maintenant en mesure de mieux comprendre ce que nous entendons par modèles transcendants et quel est leur rôle : dicter les conditions de l’« être » et donc du pouvoir. Pour la théorie du chiffrement du pouvoir, les modèles transcendants désignent les cadres abstraits, idéologiques et violemment imposés (l’économie, l’État, la constitution, l’argent) qui légitiment et perpétuent le pouvoir. Ils sont le lieu du chiffrement.
Sabelo Ndlovu-Gatsheni l’a décrit en ces termes :
L’ADN de l’internationalisme impérial/colonial/libéral hégémonique est la colonialité. Le leitmotiv de la colonialité est le chiffrement du pouvoir. La colonialité de l’internationalisme est une sine qua non du modèle transcendantal du pouvoir. Elle est conçue et portée par des figures de premier plan (philosophes et hommes d’État) et des pays (empires et États-nations) à des moments particuliers de l’histoire humaine, dans le but d’imposer des ordres particuliers favorables aux puissants. (Ndlovu-Gatsheni 2024, 12).
Comme je l’ai déjà avancé :
Depuis Platon, la politique est prédéfinie par des conditions exténuantes d’appartenance au corps politique. En ce sens, « être » correspond à une qualification déjà existante de la vie, une division intérieure au sein des formes d’identité où certains sont accueillis dans la politique et d’autres en sont exclus selon des qualifications détachées de l’être-même, mais auxquelles l’être-même doit se conformer pour exister³. On a ainsi la définition de la potestas : la potestas est la négation du pouvoir par la stratification des conditions d’exercice du pouvoir. L’élément qui définit avant tout la potestas est l’agencement de systèmes d’identité à travers la construction permanente de modèles transcendants (présupposition) pour définir la vie. (Sanín-Restrepo 2018).
Comme nous en sommes venus à conclure :
La condition ontologique du politique (de ce qui compte, de la façon dont les choses communiquent) réside dans l’absence de conditions ou de qualifications, au-delà de la différence, pour appartenir au corps politique. Si cela est vrai, la politique ne peut exister que dans la démocratie (Rancière 2001) – un non-lieu où le sens est potentialité, où l’être est non qualifié, et où tout reste à décider (Sanín-Restrepo y Machado-Araujo 2025).
Le fondement ontologique de l’être et de la politique
Cette partie est consacrée à la synthèse d’un immense travail accompli au fil des années pour démontrer qu’il existe une ontologie politique ferme qui établit que la précondition du monde est qu’aucun être ne peut être qualifié pour exister, et que la seule nécessité de la politique est la contingence absolue. Voyons cela.
Dans Decolonizing Democracy (2016), j’entreprends une révision profonde des concepts aristotéliciens de potentialité (dunamis) et d’actualité, en particulier la distinction entre energeia et entelecheia, afin de remettre en question une interprétation occidentale indéfectible du pouvoir qui s’est faite plus tenace (notamment à partir du simulacre constitutionnel décrit ci-dessus), mais aussi l’interprétation du pouvoir et de l’action politique par Giorgio Agamben. Cette révision vise à démontrer la contingence fondamentale de la politique, établissant ainsi la primauté logique de la démocratie radicale (non libérale) dans tout cadre politique. Tel est le socle philosophique de la théorie du chiffrement du pouvoir.
Cette discussion n’est pas dépassée, car la construction aristotélicienne de ce qui est et peut être (le pouvoir !) demeure fondamentale, comme point de départ, pour comprendre le pouvoir aujourd’hui.
Entre la relation potentia et actualité se tient non seulement la définition formelle du pouvoir, mais aussi la possibilité absolue de l’existence, de ce qui est possible et impossible, logique, contingent, nécessaire, et le temps. (Sanín-Restrepo 2016).
En substance, la potentia représente la potentialité – ce qui peut être, la capacité d’être –, tandis que l’actualité signifie l’existence, le réel, la manifestation de cette potentialité. La question est de savoir si le fait de posséder la potentialité de devenir « x » rend « x » supérieur à la potentia de, et si la potentia peut mener non seulement à « x », mais à « y » (ou de « y » à « z » et à toutes les combinaisons potentielles de l’alphabet).
Aristote distingue entre energeia (ενέργεια) et entelecheia (ἐντελέχεια) pour définir l’actualité (Aristote 1). Energeia signifie activité ou « être-en-œuvre », soulignant l’action immanente et l’entretien continu d’une substance. Entelecheia, en revanche – et c’est là l’énorme différence –, introduit le concept de « telos » (fin ou perfection), impliquant une cause finale qui dicte la finalité d’une chose (pour une définition complète, voir Sanín-Restrepo 2016). Cette distinction est essentielle pour différencier le pouvoir comme domination (potestas) du pouvoir immanent et dynamique.
Je soutiens qu’en comprenant l’energeia comme pouvoir sans finalité transcendante, on peut libérer le potentiel de contingence et du « devenir-autre », réfutant non seulement la vision coloniale conventionnelle, mais aussi celle d’Agamben (et de Negri, même si nous ne l’abordons pas ici) qui conduit à l’impuissance politique, puisqu’ils ne comprennent le présent que comme entelecheia – c’est-à-dire une forme finale qui émerge à travers un telos.
Premièrement, Aristote est le grand prestidigitateur de la contingence ; comme nous le verrons ci-dessous, sa grande illusion – celle qui maintient le pouvoir comme potestas tout au long de l’histoire occidentale – est qu’il donne la primauté à l’actualité sur la potentia. Deuxièmement, au sein de l’actualité, en construisant l’idée du politique, Aristote donne la primauté à l’entelecheia à travers les causes finales, de sorte que les choses ne peuvent devenir actuelles que si elles accomplissent un but qui leur est extérieur (Aristote 2).
Quel est l’objectif premier de la construction aristotélicienne des dyades potentia-actualité et energeia-entelecheia ? Transformer le non-être en conséquence de l’être (le peuple comme conséquence de la constitution), de sorte que tout être qui advient est le résultat d’une actualité préfigurée (modèle transcendant). La contingence du futur se trouve alors piégée dans la nécessité du présent. Pour Aristote, la potentia est subjuguée à l’actualité, mais pas à n’importe quelle actualité : à celle qui incarne une finalité. Par cette opération, Aristote introduit la nécessité comme force neutralisante de la contingence (Sanín-Restrepo 2016). En conséquence, lorsqu’on parle de la contingence du potentiel, ce n’est pas que la potentia soit contingente ; ce qui est contingent, c’est le devenir de ce qui est potentiel : ce qui est en potentia peut ou ne peut pas advenir. La contingence se réduit à une procédure très précise au sein de la dyade.
Or, comment cela se manifeste-t-il en politique ? Pour Aristote 2, c’est-à-dire à partir de l’Éthique à Nicomaque, la politique est essentiellement une entelecheia, un « bien agir », où la « vertu » est la finalité de tout corps politique. Or, la question socratique que nous devons poser à Aristote est : « Qu’entendez-vous précisément par le mot vertu ? » La réponse est logique : la vertu ne peut être définie que par ceux qui se trouvent déjà effectivement au sein du corps politique ! Dès lors, la vertu fonctionne comme un modèle transcendant pour définir qui peut et qui ne peut pas appartenir à ce club privé qu’est le corps politique (Sanín-Restrepo 2016).
Par exemple, les idées de nation, de citoyenneté ou de « peuple » comme concept univoque ont fonctionné comme des entelecheias, limitant la participation politique à ceux qui satisfont à certains critères préétablis.
En revanche, une organisation politique fondée sur l’« energeia » serait radicalement différente. Au lieu d’imposer des modèles transcendants, elle reconnaîtrait la contingence fondamentale de l’être et du devenir. La politique comme « energeia » est un processus constant d’expérimentation et d’apprentissage, où le but n’est pas d’atteindre un état final, mais de maintenir ouverte la possibilité d’un avenir radicalement différent. Dès lors, si un régime politique pose une finalité comme condition d’appartenance, parle-t-on encore de démocratie ?
Agamben interprète l’actualisation de la potentialité comme la perte de la contingence (la qualification de la vie en un « certain ceci », vie nue, bios, biopolitique), ce qui conduit à la stagnation politique. Il préconise un retrait dans l’impuissance, sachant (et il a absolument raison, jusqu’ici) que la potentialité est piégée dans l’actualité (de sorte que les conditions d’appartenance à un corps politique sont définies par la finalité, ce qui équivaut à la mort de la politique).
Toutefois, je soutiens que l’erreur d’Agamben réside dans la confusion de l’actualité avec l’entelecheia, négligeant le potentiel libérateur de l’energeia. Pour y remédier, l’analyse propose de « mettre à jour la différence » à travers l’energeia. La théorie des causes chez Aristote, en particulier la cause finale, renforce la domination de l’actualité. L’entelecheia, par son insistance sur le telos, impose un objectif externe et transcendant, limitant l’action immanente (lorsqu’une chose devient actuelle, elle ne peut l’être que parce qu’elle a développé la finalité ou la perfection imposée par sa théorie des causes). L’energeia, en revanche, se concentre sur l’« être-en-œuvre » d’une substance, où le processus lui-même est la fin, n’admettant aucune qualification ou condition extérieure.
Energeia est immanente, avec le principe de génération contenu en elle-même. Par exemple, une chenille qui devient papillon est un processus d’energeia, sans qualification externe ; un peintre apprenti qui devient virtuose est entelecheia – mais l’essentiel est, et c’est là que nous revenons à la maïeutique socratique, ce que nous entendons par « virtuose » et qui le définit. En revanche, un enfant qui devient femme, homme ou « iel » est également un processus d’energeia et non d’entelecheia. Et ne serait-il pas propre à la démocratie que sa composition même soit energeia ? C’est-à-dire un espace où aucun être ne peut être conditionné en dehors de son propre être, ni limité ou exclu en dehors de ce qu’il peut être ? La question est logique. S’il existe des conditions pour appartenir, celui qui les fixe est le véritable détenteur du pouvoir (souverain, pouvoir constituant) et donc tout être dépend du modèle pour exister. Une contradiction ouverte avec la démocratie.
Agamben est obnubilé par sa compréhension de l’actuel uniquement comme entelecheia, qu’il assimile à juste titre à la domination. L’entelecheia implique que seuls ceux qui atteignent une perfection prédéterminée (la vertu, pour suivre l’exemple même d’Aristote) font partie du politique. Cela engendre des divisions entre le rationnel et l’irrationnel, le vertueux et le vil, entre la vie (bios) et la vie nue (zoé).
Cependant – et c’est notre formidable renversement –, si la politique est définie par l’energeia, elle englobe tous les êtres non qualifiés. L’energeia met l’accent sur la production continue et immanente des différences, où le pouvoir est un processus infini, synergique et communicatif.
Energeia permet les transitions du pouvoir et suppose la contingence et l’immanence. La politique, définie par l’energeia, n’est pas un exercice qualifié, mais une condition commune de l’être, où la vie elle-même est le seul critère.
Energeia est sa propre perfection immanente, sans qualification ni obédience à aucun modèle transcendant. La perfection immanente de l’energeia est une infinité ouverte et sans fin, où chaque différence contribue à la constitution de l’être. Cette perspective offre un moyen de se libérer des contraintes de l’entelecheia qui a marqué la potestas comme inévitable dans la pensée et la pratique occidentales, tout en surmontant la vision pessimiste d’Agamben du pouvoir politique, ouvrant ainsi à une réalité politique inclusive et dynamique.
La conséquence la plus importante est peut-être la suivante. L’interprétation de toute l’histoire occidentale du pouvoir comme domination serait radicalement et automatiquement renversée ainsi : toute forme de pouvoir qui impose une entelecheia est nécessairement synonyme de domination et simule donc la démocratie, l’inclusion et la différence ; tandis que toute résistance qui assume l’energeia – c’est-à-dire là où aucun être ne peut être qualifié avant d’exister – exerce la vérité du politique. Cela signifie que la construction moderne du pouvoir occidental, incarnée dans l’État, le capitalisme, les constitutions, etc., n’est rien d’autre qu’un simulacre du pouvoir.
Ricardo Sanín-Restrepo
Bibliographie
Giorgio Agamben, Homo Sacer : Sovereign Power and Bare Life, Stanford University Press, 1998.
Aristote (1), Métaphysique, Perseus Digital Library. http://www.perseus.tufts.edu/hopper/
Aristote (2), Éthique à Nicomaque, http://www.perseus.tufts.edu/hopper/
Andityas Matos, « An-arquia contra a soberania », Revista Justiça Do Direito, 38(2), 193 224, https://doi.org/10.5335/rjd.v38i2.15984, 2025.
Angus McDonald, « Crypt, Mausoleum, Cenotaph ; Sepulchre : Metaphors of encryption » Revista da Faculdade Mineira de Direito, V.23 N.45. 49, 2020.
Sabelo J. Ndlovu-Gatsheni, Beyond the Coloniality of Internationalism : Reworlding the World from the Global South, Codesria, 2024.
Jacques Rancière,. Ten Theses on Politics. Baltimore : John Hopkins University Press, 2001.
Ricardo Sanín-Restrepo, Decolonizing Democracy : Power in a Solid State, Rowman & Littlefield International, 2016.
Ricardo Sanín-Restrepo (dir.), Decrypting Power, Rowman & Littlefield International, 2018.
Ricardo Sanín-Restrepo, Being and Contingency : Decrypting Heidegger’s Terminology Rowman & Littlefield International, 2021a.
Ricardo Sanín-Restrepo, « Many Worlds Interpretation, Critical Theory and the (Immanent) Paradox of Power », 2021b, in https://criticallegalthinking.com/2021/11/22/
Ricardo Sanín-Restrepo et Marinella Machado-Araujo, « The Theory of Encryption of Power : Itinerary of an Idea », Revista da Faculdade Mineira de Direito, V. 23 N. 45, Belo Horizonte, Brésil, 2020.
Sanín-Restrepo, Ricardo et Marinella Machado-Araujo. « A Prolific Paradox of Justice and Two Theses on the Encryption of the Hidden People », In Decrypting Justice : From Epistemic Violence to Immanent Democracy, Ricardo Sanín-Restrepo, Marinella Machado-Araujo et Sabelo Ndlovu-Gatsheni (dir.). Lanham, Lexington Books, 2025.
Carl Schmitt, The Nomos of the Earth in the International Law of the Jus Publicum Europaeum, traduit et annoté par G. L. Ulmen, Telos Press Publishing, 2006.
Ontology and Politics of Liberation : Two Paths to Decrypt Power [5]
This analysis introduces two solid critical arguments—one ontological, the other historical—that illuminate the unique features of the theory of encryption of power, what sets it apart from other theoretical endeavors. The results are deeply intertwined, highlighting the theory’s unified structure.
The historical proof : It focuses on a quantum leap in the meaning of sovereignty from the unprecedented fusion of people and sovereignty in modern constitutions, especially those influenced (imposed ?) by the USA model. This fusion is shown to have created a novel, highly impenetrable and insidious form of power, where the people are simultaneously sovereign and exception. Thus, the people can be killed, displaced or excluded by invoking their own name. It analyzes how this paradox materializes in the creation of a “hidden people”, based on an aberrant construction of another imagined set of people (people as a totality or people as a synecdoche) that is, the people carved out of those included (whites, owners, etc.) and how, from this fraudulent fracture, sovereignty achieves the most massive neutralization of political agency ever seen.
Let us anticipate the key to encryption : Without the “hidden people” the fantasy (fetish) of the people as a totality does not work, in fact it could not exist, but it exists exclusively from the negation of the hidden people, this is the great paradox of constitutional coloniality. The hidden people are the “excess,” of the political body, the excluded element needed to preserve the transcendent, yet unattainable, model of liberal order.
The ontological proof : It is based on a critical review of the Aristotelian concepts of potential and actuality, specifically the distinction between Energeia and Entelecheia. It is argued that the dominant Western interpretation of power has privileged Entelecheia, that is, actualization as the realization of a predetermined end (telos). In contrast, I propose to rescue Energeia, as an immanent and continuous process, as the foundation of a politics of contingency and difference. This proof seeks to demonstrate that the precondition of the world is that no being can be qualified to exist, and that the only necessity of politics is absolute contingency.
In other words, it demonstrates that democracy, as the possibility of another world, is necessary in all possible worlds (Sanín-Restrepo 2021b). Democracy is the contingent collective possibility of transforming the given world. Any impossibility of doing so, which calls itself democracy, is a mere violent simulacrum of the world.
Premise : In a genuine (non-liberal) democracy, “there can be no qualification to communicate difference. Democracy, as the only materiality of politics, casts forth the most beautiful paradox of philosophy : politics is the question of all questions because it is the question of who can formulate questions, of who counts (Sanín-Restrepo 2018).
Both tests converge on the theory of the encryption of power, which reveals how modern sovereignty operates through simulation and exclusion, creating an illusion of democratic participation while perpetuating a system of domination. Now, the ontological proof is responsible for decrypting and therefore destroying this simulation completely.
The Sovereignty Trap : The Hidden People and the Encryption of Power
Let’s start with a question. In the history of Western sovereignty (understood as the absolute, autonomous, original power that creates normality and exception from the exception) what happens to concepts such as "resistance", "obedience", "worship", "legality" when the sovereign is no longer God, or a monarch, or a nation, that is to say, an exteriority, but when the supposed sovereign is the people themselves ? That is, what happens when sovereign, exception, obedience, etc., becomes absolute interiority ? What happens, ultimately, when the people can be killed, displaced, starved in the name of the people themselves ?
Well, this is the first historical foundation of the theory of the encryption of power. To verify the emergence of a completely new and extremely impenetrable and deceitful form of power as domination (potestas) through, 1. The fraudulent fusion of people and sovereignty in contemporary constitutions, and 2. The fracture of the concept of the people to achieve this monstrosity.
Let us remember Schmitt’s paradigmatic definition of sovereignty, reinforced by Agamben ; "Sovereign is the one who decides on the exception from the exception." (Agamben 1998).
Let us then explain a central thesis of the theory of encryption power that defines a profound shift in what we understand as power, agency, domination and liberation.
The interplay between coloniality and liberalism creates the most ruthless machine of domination in history : primarily (though not exclusively), through the U.S.-style constitutions and their almost universal expansion and acceptance (proxys), the people become at the same time the exception (the excluded, who can be legitimately killed) and the (simulated) sovereign. Sovereign and exception merge into an impenetrable apparatus. This is the fundamental logical upshot : what the order is and what the order excludes – in order to be – becomes the same, normality and exception are con-fused in a single substance (Sanín-Restrepo 2016).
Thus, "We the People" is the most terrifying fusion of power and the purest form of violence under an impermeable armor of legitimacy. (Sanín-Restrepo and Machado-Araujo 2025).
The people become the transcendent and mystical model of their own exclusion. The people set themselves up as a fetish of legitimacy of the wars to subjugate and expropriate them. Injustice is naturalized as justice. Crime as law. The exterior becomes the interior, as the exception becomes the simulated sovereign (See, Matos 2025 [6]).
As I have argued :
The ambush of the people that renders them ‘constituent power’ follows a simple logic. Make the people the sovereign, devolve sovereignty to a norm, deactivate the people within the norm, capture its energy in legality, deny their access to language, expel their bodies to the triturating machine of the market. (Sanín-Restrepo 2016). [7]
Sovereignty is not a straightforward concept of supreme authority, but a complex and often deceptive mechanism of power. It is inextricably linked to potestas, the exercise of power through domination, which involves the deliberate stratification of conditions to limit who can actually exercise it.
This domination is achieved through the construction of rigid systems of identity, the imposition of transcendent models that define life and, therefore, the monopolization of power, effectively denying difference and limiting and distributing the exercise of power.
This power, in its contemporary aspect, is based on the creation of the “hidden people”, those excluded from full legal protection, abandoned to the violence of the market, relegated to a liminal space where they are subject to arbitrary power, serving as the exception that reinforces the norm (immigrants crossing the Mediterranean who reinforce the image of European citizens).
[8]
For potestas (or power as domination), to reach its maximum impenetrability, a crucial operation is required : the fracture of the concept of the people. This strategic division is established between a "people as a totality" and a "hidden people". The former represents the façade of inclusion and participation, while the latter encompasses those excluded and marginalized, whose existence is essential to maintaining the illusion of wholeness. This fracture is the cornerstone of the encryption of power, as it allows sovereignty to operate through simulation and exclusion, thus perpetuating a seemingly legitimate system of domination.
As Jacques Rancière (2001) has clearly shown us, modern politics, at its core, revolves around the "part of no part," a paradoxical structure where the apparent totality of the political body is defined by its inherent incompleteness. This totality, a “false totality” championed by liberalism, maintains its illusion of wholeness by perpetually excluding an “exterior zone”—the “hidden people”—who define it through their absence.
There is therefore a fundamental division at the core of politics. While "the people" (not God, not the monarch, not the nation-state) is considered the core of modern politics and law, its structure is fundamentally fractured. The key to encryption is the conversion of the concept of the people into a synecdoche. "Consequently, a false totality (the people of human rights and constitutions, those supposedly racially or economically included) symbolize and falsely represent an infinite impossibility (the excluded, the hidden people)." (Sanín-Restrepo and Machado-Araujo 2020b).
The people as a totality is a pars pro toto synecdoche. An arbitrarily constituted part (white people within a nation-state, for example) represents and defines an impossible infinity (the marginalized, the forced migrant, women of color, lgbtqiapn+). The concept of "the people" works by symbolically combining what a political body discards and what it lacks to be an authentic totality. This unrepresentable "excess" logically remains outside the scope of the absorbent capacity of any accounting regime.
The "people as a synecdoche," where a privileged, minority group, represents the totality of the people, effectively obscures and denies the existence and agency of the "hidden people," which, in its paradoxical position, embodies its underside and thus the inherent contradictions of power and sovereignty. However, and this is the coup de grâce of encryption, the hidden people have to be falsely included in order to give consistency to the fantasy of the whole. "The crucial point is that the people as a whole can only exist and exercise power, if and only if, they keep that other area of the people ’hidden’" (Sanín-Restrepo 2016, 44).
Without the hidden people, the fantasy (fetish) of the people as a totality does not work, in fact it could not exist, but it exists exclusively from the negation of the hidden people, this is the great paradox of constitutional coloniality.
Modern constitutional sovereignty strategically merges the "hidden people" as exception and simulated sovereign, creating a "simulacrum" of popular sovereignty.
In the words of Angus McDonald :
“what can we conclude ? The hidden people, upon whose presence the edifice is constructed, are the vanishing point – the point towards which the whole construction tends but itself not visible, infinitely receding.” (McDonald 2020).
The most notable consequence of this fusion is the impenetrability of sovereignty, as it makes it the perfect autopoietic machine. As you can see, a profoundly unethical and powerful structure is created. It uses the global recognition of a vulnerable population (the idea or abstraction of the hidden people) as its source of power and the reason for its potential destruction. Any attempt to fight it off simply makes it more powerful and immune. The power of the people is neutralized and disenfranchised in its own name.
We are now able to better understand what we mean by transcendent models and how their role is to dictate the conditions of "being" and therefore of power. For the theory of the encryption of power, transcendent models refer to the abstract, ideological, and violently imposed frameworks (the economy, the state, the constitution, money) that legitimize and perpetuate power. They are the place of encryption.
Sabelo Ndlovu-Ghetseni has described it as follows :
The DNA of imperial/colonial/liberal hegemonic internationalism is coloniality. The leitmotif of coloniality is encryption of power. Coloniality of internationalism is a sine qua non of transcendental model of power. It is conceived and driven by leading figures (philosophers and statesmen) and countries (empires and nation-states) at particular moments in human history aimed at impositions of particular orders favourable to the powerful. (Ndlovu-Gatsheni 2024, 12)
As I stated before :
Since Plato, politics is predefined through extenuating conditions of belonging to the body politic. Insofar, “to be” corresponds to an already existing qualification of life, an inner split within forms of identity where some are welcomed into politics and some are excluded according to qualifications that are detached from beingness but to which beingness must conform in order to be.3 We have thus the definition of potestas : potestas is the negation of power through the stratification of the conditions to exercise power. The element that above all defines potestas is the arrangement of systems of identity through the permanent construction of transcendent models (presupposition) to define life. (Sanín-Restrepo 2018)
As we have concluded :
The ontological condition of the political (of what counts, of how things communicate) lies in the absence of conditions or qualifications beyond difference to belong to the body politic. If the latter is true, politics can only exist in democracy (Rancière 2001)—a non-place where meaning is potentiality, being is unqualified, and everything is yet to be decided (Sanín-Restrepo y Machado-Araujo 2025).
The Ontological Foundation of Being and Politics
This part is devoted to synthesizing an enormous work done over the years to prove that there is a firm political ontology that demonstrates that the precondition of the world is that no being can be qualified to exist and therefore the only necessity of politics is absolute contingency. Let us see.
In Decolonizing Democracy (2016) I undertake a profound revision of Aristotle’s concepts of potentiality (dunamis) and actuality, particularly the distinction between Energeia and Entelecheia, to challenge an unflinching Western interpretation of power that has become more dogged (especially from the constitutional simulacrum described above), but also Giorgio Agamben’s interpretation of power and political action. This review aims to demonstrate the fundamental contingency of politics, thus establishing the logical primacy of radical (non-liberal) democracy within any political framework. This is the philosophical backbone of the theory of encryption of power.
This is not an outdated discussion, since the Aristotelian construction of what is and can be (power !) is still fundamental, as a primer, to understand power today.
Between the relationship potentia and actuality clings not only the formal definition of power, but also the absolute possibility of existence, of what is possible and impossible, logical, contingent, necessary, and time. (Sanín-Restrepo 2016).
In essence, potential represents potentiality, what can be, the capacity to be, while actuality means existence, the actual, the manifestation of that potential. The question is whether having the potentiality of becoming "x" makes "x" superior to the potentia of, and whether potentia can lead not only to "x", but to "y" (or from "y" to "z" and to all the potential combinations of the alphabet).
Aristotle distinguishes between Energeia (ενέργεια) and Entelecheia (ἐντελέχεια) to define actuality (Aristotle 1). Energeia means activity or "being-in-work," emphasizing the immanent action and continuous maintenance of a substance. Entelecheia, however, and here is the enormous difference, introduces the concept of telos (end or perfection), implying a final cause that dictates the purpose of a thing (for a complete definition see Sanín-Restrepo 2016). This distinction is vital to differentiate power as domination (potestas) from immanent and dynamic power.
I argue that by understanding Energeia as power without a transcendent finality, we can unlock the potential for contingency and the "becoming-other", refuting, not only the conventional colonial vision, but Agamben’s (and Negri, even though we do not discuss it here) vision that leads to political impotence, as they understand the present only as Entelecheia, that is, a final form that arises through a telos.
First, Aristotle is the great conjuror of contingency, as we will see below, his great illusion, the one that maintains power as potestas throughout Western history, is that he gives the actuality primacy over potentia. Second, within actuality, in constructing the idea of the political, Aristotle gives primacy to Entelecheia through final causes, so that things can only become actual if they fulfill a purpose that is external to them (Aristotle 2).
What is the primary objective of the Aristotelian construction of the dyads potential-actuality and Energeia-Entelecheia ? To transform non-being into a consequence of being (the people as a consequence of the constitution), so that any being that comes into being is the result of a prefigured actuality (transcendent model). The contingency of the future is then trapped in the necessity of the present. For Aristotle, potential is subjugated to actuality, but not to any kind of actuality, but to one that embodies a finality. Through this operation, Aristotle introduces necessity as the neutralizing force of contingency (Sanín-Restrepo 2016). Consequently, when speaking of the contingency of the potential, it is not that potentia is contingent ; what is contingent is the becoming of what is potential : what is in potentia may or may not come to be. Contingency is reduced to a very precise procedure within the dyad.
Now, how does this manifest itself in politics ? For Aristotle 2, that is, from the Nicomachean Ethics, politics is essentially an Entelecheia, a "doing well", where "virtue" is the finality of every political body. Now, the Socratic question we have to ask Aristotle is, "What do you really mean by the word virtue ?" The answer is logical, virtue can only be defined by those who are already in fact within the body politic ! therefore, virtue acts as a transcendent model to define who can and who cannot belong to this private club called the body politic (Sanín-Restrepo 2016).
For example, the ideas of nation, citizenship, or "people" as a univocal concept, have functioned as entelecheias, limiting political participation to those who meet certain pre-established criteria.
However, a polity based on energeia would be radically different. Instead of imposing transcendent models, it would recognize the fundamental contingency of being and becoming. Politics as Energeia is a constant process of experimentation and learning, where the goal is not to reach a final state, but to keep open the possibility of a radically different future. Therefore, if a political regime sets a purpose as a condition of belonging, are we talking about democracy ?
Now, Agamben interprets the actualization of potentiality as the loss of contingency (the qualification of life in a "certain this", naked life, bios, biopolitics), which leads to political stagnation. He advocates a withdrawal into impotence, knowing (and he is absolutely right, so far) that potentiality is trapped within actuality (therefore, the conditions of belonging to a body politic are defined by the finality that is equivalent to the death of politics).
However, I maintain that Agamben’s mistake lies in confusing actuality with Entelecheia, neglecting the liberating potential of Energeia. To counter this, the analysis proposes to "update the difference" through Energeia. Aristotle’s theory of causes, particularly the final cause, reinforces the dominance of actuality. Entelecheia, with its emphasis on the telos, imposes an external and transcendent objective, limiting immanent action (when a thing becomes actual, it can only be so because it developed the finality or perfection imposed by its theory of causes). Energeia, on the other hand, focuses on the "being-in-work" of a substance, where the process itself is the end that admits of no external qualification or condition.
Energeia is immanent, with the principle of generation contained within itself. For example, a caterpillar that becomes a butterfly is a process of Energeia, without external qualification, an apprentice painter who becomes a virtuoso is Entelecheia, but the point is, and here we go back to the Socratic maieutic, what do we mean by virtuous ? Who defines it ? Nevertheless, a child that becomes a woman, a man, or "they" is also a process of Energeia, not of Entelecheia. And would it not be proper to democracy that its very composition be Energeia ? that is, where no being can be conditioned outside of its being, nor limited or excluded outside of what it can be ? The question is logical. If there are conditions to belong, the one who sets those conditions is the authentic holder of power (sovereign, constituent power) and therefore every being depends on the model in order to exist. An open contradiction with democracy.
Agamben is gripped by his understanding of the actual only as Entelecheia, which he rightly equates with domination. Entelecheia implies that only those who reach a predetermined perfection (virtue, to follow Aristotle’s own example) are part of the political. This leads to divisions between the rational and the irrational, the virtuous and the vile, and between life (bios) and bare life (zoe).
However, and this is our formidable twist, if politics is defined by Energeia, it encompasses all unqualified beings. Energeia emphasizes the continuous and immanent production of differences, where power is a synergistic and communicative infinite process.
Energeia allows transitions of power and supposes contingency and immanence. Politics, defined by Energeia, is not a qualified exercise but a common condition of being, where life itself is the only criterion.
Energeia is its own immanent perfection, without qualification or obedience to any transcendent model. The immanent perfection of Energeia is an open and endless infinity, where every difference contributes to the constitution of being. This perspective offers a way to break free from the constraints of Entelecheia that has marked potestas as inevitable in Western thought and practice, while overcoming Agamben’s pessimistic view of political power, opening up an inclusive and dynamic political reality.
Perhaps the most important consequence is the following. The interpretation of the entire Western history of power as domination would be radically and automatically reversed as follows : Any form of power that imposes an Entelecheia is necessarily synonymous with domination and is therefore simulating democracy, inclusion, and difference, while any resistance that assumes the Energeia, that is, where no being can be qualified before existing, is exercising the truth of the political. This means that the modern construction of Western power embodied in the state, capitalism, constitutions, etc., is nothing more than a simulacrum of power.
Ricardo Sanín-Restrepo
Bibliography
Agamben, Giorgio. 1998. Homo Sacer : Sovereign Power and Bare Life. Stanford University Press.
Aristotle. (Aristóteles 1) Metaphysics. Perseus Digital Library. http://www.perseus.tufts.edu/hopper/
Aristotle. (Aristóteles 2) Nicomachean Ethics http://www.perseus.tufts.edu/hopper/
Matos, Andityas. 2025. “An-arquia contra a soberania.” Revista Justiça Do Direito, 38(2), 193 - 224. https://doi.org/10.5335/rjd.v38i2.15984
McDonald, Angus. 2020. “Crypt, Mausoleum, Cenotaph ; Sepulchre : Metaphors of encryption.” Revista da Faculdade Mineira de Direito. V.23 N.45. 49
Ndlovu-Gatsheni, Sabelo, J. 2024. Beyond the Coloniality of Internationalism : Reworlding the World from the Global South. Dakar : Codesria.
Rancière, Jacques. 2001. Ten Theses on Politics. Baltimore. John Hopkins University Press.
Sanín-Restrepo, Ricardo. 2016. Decolonizing Democracy : Power in a Solid State. London : Rowman & Littlefield International.
Sanín-Restrepo, Ricardo (Ed.). 2018. Decrypting Power. Rowman & Littlefield International.
Sanín-Restrepo, Ricardo. 2021a. Being and Contingency : Decrypting Heidegger’s Terminology. Rowman & Littlefield International.
Sanín-Restrepo, Ricardo. 2021b. “Many Worlds Interpretation, Critical Theory and the (Immanent) Paradox of Power.” In https://criticallegalthinking.com/2021/11/22/many-worlds-interpretation-critical-theory-and-the-immanent-paradox-of-power/
Sanín-Restrepo, Ricardo and Marinella Machado-Araujo. 2020. “The Theory of Encryption of Power : Itinerary of an Idea.” Revista da Faculdade Mineira de Direito.V.23 N.45. Belo Horizonte, Brazil.
Sanín-Restrepo, Ricardo and Marinella Machado-Araujo. 2025. “A Prolific Paradox of Justice and Two Theses on the Encryption of the Hidden People.” In Decrypting Justice : Form Epistemic Violence to Immanent Democracy. Ricardo Sanín-Restrepo, Marinella Machado-Araujo and Sabelo Ndlovu-Gatsheni (Ed.). Lanham, Maryland : Lexington Books.
Schmitt, Carl. 2006. The Nomos of the Earth in the International Law of the Jus Publicum Europaeum. Translated and annotated by G. L. Ulmen. Telos Press Publishing.
[1] Écrit originellement en espagnol pour https://intervencionycoyuntura.org/, avec quelques ajouts dans la version anglaise.
[2] Écrit originellement en espagnol pour https://intervencionycoyuntura.org/, avec quelques ajouts dans la version anglaise.
[3] Andityas Matos écrit sur la théorie du chiffrement (traduction anglaise de l’original en portugais) : « Il s’agit donc d’un processus qui désarme l’an-archie en la chiffrant comme souveraineté, puis en l’annulant pratiquement en divisant la souveraineté en deux dimensions : l’une constituée, qui s’exprime effectivement à travers les institutions d’une politique centralisée et transcendante ; l’autre constituante, complètement vidée et domestiquée. On pourrait enfin parler d’un troisième moment du chiffrement, lorsque le pouvoir constituant, selon la doctrine constitutionnaliste libérale, est divisé en pouvoir constituant originaire et en pouvoir constituant dérivé, ce dernier étant le seul qui « existe », puisque le premier aurait été épuisé par l’acte fondateur de la Constitution d’un État donné. Cependant, le peuple, même chiffré sous la forme d’un « peuple souverain », porte en lui un index d’irréductibilité par rapport au pouvoir constituant, qui ne peut jamais être régulé et vidé par les mesures déterminantes de l’État et du capital. S’il est admis que c’est au pouvoir constituant qu’il revient de créer l’ordre, il serait contradictoire d’affirmer que ce même ordre peut le réguler, se présentant comme une structure immune au flux et à l’inépuisabilité du pouvoir créateur des subjectivités et des formes de vie mutantes. C’est pourquoi le processus de constitution d’une démocratie est en lui-même un paradoxe, qui indique qu’elle ne peut être que vécue, et non théorisée ou contrôlée par le pouvoir constitué (chiffré). » (Matos 2025).
[4] Je n’aborderai pas ici le rôle prépondérant des experts (cours constitutionnelles, économistes, etc.) dans le chiffrement du pouvoir. Voir Sanín-Restrepo 2016, 2018, 2021a.
[5] Originally written in Spanish for https://intervencionycoyuntura.org/. with some additions to the English version.
[6] Andityas Matos writes about the theory of encryption (English translation from the original in Portuguese) "It is, therefore, a process that disempowers an-archy by encrypting it as sovereignty and then practically annulling it by dividing sovereignty into two dimensions, one constituted, which is effectively expressed through the institutions of centralized and transcendent politics, and another constituent assembly, completely emptied and domesticated. Finally, one could speak of a third moment of encryption, when the constituent power, according to liberal constitutionalist doctrine, is divided into original constituent power and derived constituent power, the latter being the only one that "exists", since the former would have been exhausted with the founding act of the Constitution of a given State. However, the people, even if they are encrypted in the form of a "sovereign people", carry within themselves an index of irreducibility with respect to the constituent power, which can never be regulated and emptied by the determining measures of the State and capital. If it is accepted that it is up to the constituent power to create order, it would be contradictory to affirm that this same order can regulate it, presenting itself as a structure immune to the flow and inexhaustibility of the creative power of subjectivities and mutant forms of life. That is why the process of constitution of a democracy is in itself a paradox, which indicates that it can only be lived, not theorized or controlled by the constituted (encrypted) power. (Matos 2025).
[7] I am not going to touch here on the preponderant role that experts (constitutional courts, economists, etc.) have in encrypting power. Please see Sanín-Restrepo 2016, 2018, 2021a.
[8] The Fracture of the People
