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Brève échauffourée autour de l’affiche Hanouna
mercredi 26 mars 2025, par ,
Cédric Cagnat : Puisque vous avez exprimé le souhait d’intervenir dans les colonnes d’Ici&Ailleurs, par le biais de cet entretien, au sujet de l’affaire qui monopolise depuis plusieurs jours la conversation publique, celle de l’affiche produite par la FI représentant un Cyril Hanouna fort peu sympathique – affaire qui, à mon sens, relève de ce genre d’emballement médiatique aussi répétitif que pétri de mauvaise foi auquel vous réservez d’habitude votre plus souveraine indifférence –, ma première question sera nécessairement la suivante : quels éléments de cette affaire vous paraissent justifier d’y mêler cette fois-ci vos propres considérations ?
Alain Brossat : En effet, en temps habituel, mieux vaut ne pas se laisser distraire par ce genre d’ « événement » qui fait des ronds dans l’eau du marigot journalistique et politicien. Mais il se trouve que, dans le cas présent, quelque chose est en question, qui comporte un enjeu et politique et philosophique inscrit au cœur des problèmes que nous rencontrons avec notre présent – la prolifération de pratiques et stratégies discursives tendant à la destruction de la réalité, à la pulvérisation des faits établis, de toutes espèces. Habituellement, ces pratiques et ces stratégies sont le fait de l’ennemi – de Trump à la rédaction de RTL qui sanctionne un journaliste coupable d’avoir rappelé ce que nul n’ignore – que la colonisation de l’Algérie s’est accompagnée de bout en bout de violences extrêmes et de pratiques génocidaires.
Or, dans le cas qui nous intéresse ici, c’est du côté de ceux/celles qui sont supposés résister à ces attaques sans précédent contre la consistance du réel que nous identifions ce geste destiné à écarter d’un revers de main un fait avéré à la faveur d’une construction discursive visant à le transformer en fantasme ou intention maligne de l’ennemi. Le fait avéré et incontestable est que LFI a publié une affiche sur laquelle figure le visage en gros plan de Cyril Hanouna, retouchée par les moyens de l’IA, destinée à accentuer les traits maléfiques ou, si l’on veut, l’inquiétante étrangeté du personnage en question – journaliste-agitateur d’extrême droite, et star de la télé-poubelle. Or, il se trouve que le résultat de cette opération est patent : au premier regard, cette affiche s’associe irrécusablement à celles que produisit en Allemagne nazie la propagande antisémite, puis en France, pendant l’Occupation, celle des divers milieux de la Collaboration affairés à seconder les nazis dans l’agitation anti-juive, dans la persécution des Juifs de France. L’affiche apparaît aux yeux de quiconque est familier avec cette imagerie nauséabonde comme une sorte de paraphrase des caricatures nazies ou collabo du Juif « éternel » – j’ai longuement travaillé sur le film de Veit Harlan, Jud Süss [1], si les gros malins qui ont fabriqué l’affiche de LFI avaient voulu démarquer celle qui servit à l’époque à faire la promotion du film, ils ne s’y seraient pas pris autrement.
Cela s’appelle un fait, un élément de réalité au présent. Or, à quoi a-t-on assisté depuis que l’affaire a éclaté ? Après que l’affiche a été retirée, que les responsables supposés de sa fabrication ont bredouillé quelques excuses, les idiots utiles de la mélenchonerie n’ont cessé de rivaliser de zèle pour noyer le poisson et convaincre leurs adeptes que, non, décidément, cette affiche empruntant tous les codes de l’iconographie antisémite n’existait pas et que toute l’agitation déployée autour d’elle relevait exclusivement de la volonté de nuire à ce parti, s’inscrivant dans le prolongement des campagnes de dénigrement et de haine conduite de longue haleine par les détracteurs de la France insoumise, particulièrement attachés à faire découler son engagement en faveur des Palestiniens d’un supposé antisémitisme tant inné que morbide.
Or, la question n’est évidemment pas de savoir si la France insoumise est intrinsèquement antisémite, imputation odieuse et fantaisiste au rebours de laquelle se montre d’ailleurs en pleine lumière l’inconsistance des vocables « antisémite », « antisémitisme » dans leurs usages actuels ; la question serait bien plutôt de savoir comment il se fait, comment il se peut que la France insoumise qui est tout sauf un parti antisémite peut, inopinément, s’apprêter à mettre en circulation une affiche qui, au premier coup d’œil, s’identifie comme un remake de ce qui se publiait dans Der Stürmer ou bien encore au temps de l’exposition « Le Juif éternel »... Telle est la question qui s’impose, en partant des faits, en prenant pour point de départ le réel au sens élémentaire de « ce qui a eu lieu » et non pas ce qui se joue dans l’empoignade des partis en présence et dans le conflit des interprétations chauffées à blanc...
CC : Si l’enjeu principal de cette affaire doit tourner autour des notions de réalité et de fait, alors il y a un premier désaccord entre nous quant à l’usage, à mon avis philosophiquement très contestable, que vous en faites – surtout s’agissant d’une image. Il me semble en effet que vous allez beaucoup trop vite en besogne en établissant comme un « fait avéré et incontestable » l’association de l’affiche litigieuse de la FI à l’iconographie antisémite en vogue dans l’Europe des années 30. Vous aurez beau multiplier les adjectifs et les adverbes impérieux, vous ne pourrez décréter « irrécusablement » que ce qui n’est pas à proprement parler un fait en est un. Permettez-moi, avant de m’expliquer sur le fond, d’emprunter un petit détour.
Quoique fort peu wittgensteinien, vous connaissez peut-être la fameuse figure du canard-lapin de Jastrow ? En voici la version originale – rassurez-vous, malgré les caractères gothiques, il ne s’agit pas d’une image nazie ; elle date du milieu du XIXe siècle :
Comme toute image, celle-ci est bien constituée d’éléments objectifs, factuels, qui la caractérisent précisément comme un fait. Un fait physique, en l’occurrence : un certain nombre de lignes d’encre agencées d’une certaine manière sur ce qui est probablement une feuille de papier. Mais ces seuls éléments objectifs ne suffisent évidemment pas à faire des lignes qu’ils forment ce qu’on désigne ordinairement par le terme « image ». Ils ne deviennent une image qu’à l’instant où un récepteur – le regard d’un « spectateur » – vient à y identifier un « canard », ou un « lapin ». L’avantage heuristique de ce type d’image ambiguë, c’est qu’il permet de constater la non superposition entre ses éléments factuels et l’ « image » en tant que telle : alors même que la figure objective, le fait formel si l’on veut, demeure identique, l’image peut être tantôt celle d’un canard, tantôt celle d’un lapin. Dans les termes de John Searle – un wittgensteinien – un « fait brut » devient un « fait institutionnel ». Toute image est en ce sens un fait institutionnel qui exige le dépassement du plan objectif vers un univers de significations porté par le sujet qui la regarde. Qualifier une image suppose la mobilisation d’une Encyclopédie – comme disent les sémioticiens –, c’est-à-dire tout un arrière-plan culturel, intellectuel, idéologique, qui outrepasse de loin les simples déterminations de ce qu’on nomme un « fait ». Ainsi comprend-on immédiatement qu’un sujet évoluant au milieu de canards et n’ayant jamais vu de lapin de sa vie verra dans la figure de Jastrow l’image d’un canard, et non celle d’un lapin – et vice versa.
Disons donc, pour en revenir à l’affiche qui nous occupe, que vous voyez un canard, là où je perçois plutôt un lapin, et que cela ne tient à aucune factualité incontestable, mais sans doute à l’hétérogénéité de nos Encyclopédies respectives, aux différences qui séparent, au-delà de certaines convergences théoriques et affinités politiques, nos arrière-plans culturels. Les conditionnements générationnels et biographiques jouent assurément un rôle non négligeable dans l’existence de ce genre de disparités. Vous avez de nombreuses fois évoqué, pour la déconstruire, la chappe de plomb idéologique – et donc interprétative – qu’a pu représenter, durant toute une partie de votre activité intellectuelle, la séquence lanzmannienne au cours de laquelle s’est opérée la sacralisation de la Shoah, et comme vous le rappelez, nombre de vos travaux ont été consacrés à la seconde guerre mondiale et à la période nazie. Ces données vous auront conduit à mobiliser les schèmes perceptifs qui sont les vôtres, et sur la base de l’identification de traits caractéristiques de l’iconographie antisémite dont vous êtes familier, à voir en Hanouna, avant tout autre chose, un Juif stigmatisé en raison de sa seule judéité.
Il se trouve – et après tout, c’est bien aussi un fait au sens où vous l’entendez, et qui mérite que vous le preniez en compte – que cela n’a pas été mon cas : je n’ai a priori rien vu d’antisémite dans cette image. Connaissant votre indéfectible perfidie, je sais bien ce que vous êtes en train de marmonner dans votre moustache, tout en fulminant devant le clavier de votre ordinateur : « Quel ignare ! » Eh bien, sachez que c’est d’abord exactement ce que je me suis dit. Voyant que de nombreux esprits fort estimables – tu quoque mi amici – prenaient part à l’hallali, j’ai commencé par mettre la cécité dont j’étais frappé sur le compte de mon inculture relativement à l’imagerie nazie et vichyssoise, et je n’ai pas ménagé mes efforts, en comparant studieusement les documents disponibles et les photos de l’animateur décérébré à l’affiche incriminée pour y débusquer quelque trace « nauséabonde ». En vain. Malgré toute ma bonne volonté, je ne vois pas dans cette affiche une caricature antisémite.
Au risque d’aggraver mon cas, je dois avouer que je n’y vois même pas une caricature tout court. Car enfin, pas besoin d’ouvrir un dictionnaire pour savoir qu’une caricature, c’est la représentation d’une personne, d’un visage, dont les traits sont grossis et exagérés jusqu’à former une physionomie impossible, et dont l’écart outrancier avec son modèle ne peut faire aucun doute : personne n’a jamais confondu Louis-Philippe avec sa version satirique en forme de poire ! Et qui a déjà croisé, au détour d’une rue, l’incarnation trait pour trait de Süss ou du Juif éternel ?
Pour ma part, lorsque je vois Hanouna, je ne vois pas un Juif – est-il juif, d’ailleurs ? S’il l’est, il l’est autant que Meyer Habib ou Netanyahou ; s’il l’a été, il a depuis longtemps, comme ces deux-là et malheureusement bien d’autres, assassiné le Juif en lui ; mais ceci relève d’autres problèmes – ce que je vois, c’est un crétin et une brute fasciste, un agent hyperactif de la pulsion de mort généralisée qui est en train de tout anéantir, dont la violence et la bêtise nihiliste, vomies chaque soir à destination de millions de téléspectateurs, me semblent parfaitement illustrées par le faciès haineux qui s’étale sur les affiches de la FI, et au sujet de laquelle cette dernière a eu bien tort de faire amende honorable.
Gageons que si l’on montrait cette affiche à un honnête artisan des faubourgs d’Islamabad, il y verrait sûrement un portrait assez fidèle de son atrabilaire tonton Ishaan. Comme vous nous l’avez appris, tout cela est question de décentrement. Qui détient le fait avéré et incontestable ? Qui possède l’image irrécusable ?
Vous m’objecterez que ceux qui ont produit cette affiche ne sont pas Pakistanais, que nous avons avec eux une Encyclopédie en partage, qu’ils sont les dépositaires d’une histoire européenne censée prédéterminer les significations qu’il convient d’attribuer à telle ou telle image. Vue sous cet angle, l’affaire devrait alors déboucher sur la seule conclusion possible ; celle que vous vous refusez précisément à formuler : si l’affiche de la FI est irrécusablement antisémite, alors la FI est un parti antisémite. Mais si, comme vous le dites, une affiche antisémite a été produite par un parti qui ne l’est pas, alors je ne vois pas bien ce que nous pouvons faire d’une telle proposition. D’où, à mon avis, le caractère un peu nébuleux de votre question finale : comment cela a-t-il été possible ? Je vous la retourne. Quelles sont vos hypothèses, et à quoi seraient-elles susceptibles de nous mener ?
AB : Pure sophistique, faisant bon ménage avec le nihilisme ambiant ! Ce qu’il en est d’un objet comme cette affiche s’établit généalogiquement. Or, de toute évidence, cette image remonte en droite ligne vers les caricatures antisémites nazies. Si cette filiation cesse d’être tangible, si elle est rendue soluble dans la diversité des points de vue, des positions, des formations, des expériences et des parcours individuels, alors toute réalité élémentaire est en péril, toute figure du réel devient facultative et il se pourrait bien, après tout et tout bien considéré que, sous un certain angle, ce soit la Belgique qui ait envahi l’Allemagne en août 1914.
Le poison du subjectivisme le plus débridé et de son cousin le relativisme sans rivage infuse dans tout votre raisonnement – et s’il me sied, dites-vous en substance, de ne pas voir que cette affiche n’est pas tombée du ciel, de feindre d’ignorer qu’elle a bel et bien une provenance, une consistance historique, qu’elle renvoie à d’autres images, qu’elle réactive des codes et distille des signes – n’est-ce pas là mon bon droit ? Comment, dans ces conditions, où impose sa tyrannie la religion du « à chacun son point de vue, ses opinions, à chacun ses raisons », continuer à se battre pour la vérité ou, plus modiquement même, pour que la réalité, à commencer par celle des faits, ne soit pas réduite au rang d’opinion ?
Le fait que les talking heads de LFI qui ont validé cette affiche sans doute concoctée par un bidouilleur de service expert en IA n’aient à aucun moment été animés par une quelconque intention délibérée de dénigrer ou caricaturer Hanouna en tant que Juif n’est pas une circonstance atténuante. Tout au contraire : une circonstance aggravante : l’innocence, la distraction, l’étourderie de ces caciques montre d’une part à quel point ils sont hors sol, à quel point ils ont congédié le réel, emportés qu’ils sont dans le rêve total-parlementaire et social-patriotique de leur gourou, et de l’autre expose en pleine lumière leur abyssale ignardise – non, décidément, non, cette image ne leur rappelait rien, ne leur disait rien – c’est à se demander si ces gens-là, un jour, ont ouvert un livre consacré à la Seconde guerre mondiale, fût-ce un manuel scolaire (la remarque vaut pour vous aussi). Or, ils ne se sont pas hissés des bas-fonds plébéiens vers les banc de l’Hémicycle, ils sont, j’en suis convaincu, bardés de diplômes – et c’est bien là, précisément, que leur cas s’aggrave.
Permettez-moi, avant de vous redonner la parole, d’ajouter deux points. Tous-tes ceux.celles qui ont milité dans des organisations politiques savent qu’on y est constamment exposé à commettre des impairs qui engagent funestement le parti tout entier – cela découle de la transe activiste dans laquelle on se trouve alors engagé, sur une multitude de fronts – alors, forcément, un jour ou l’autre, on se prend les pieds dans le tapis, et tous ceux qui ne nous veulent pas du bien ne ratent pas l’occasion de nous en faire payer le prix fort. L’expérience montre que le mieux, en pareil cas, est de ne pas tergiverser, de ne pas s’engager dans une suite de dénis sans issue (« on a déformé ma pensée », « on s’acharne sur nous », etc.) mais bien de reconnaître la bévue (ou davantage si c’est le cas), sans barguigner, et de tenter ainsi si ce n’est d’éteindre le feu, de limiter les dégâts. Mais il faut alors aller plus loin – se demander où le faux-pas trouve sa source. Je n’ai pas le sentiment que LFI soit, sur ce point, allé bien loin dans sa réflexion autocritique, après le tollé soulevé par l’affiche Hanouna (soit dit en passant, pour rétorquer à l’un de vos arguments : si l’affiche en question ne réveille résolument rien du côté de l’antisémitisme de jadis et naguère, comment se fait-il que LFI l’ait précipitamment retirée ? Juste pour complaire à Retailleau et au RN ?). Or, c’est bien là pourtant, je le répète, un fascinant sujet de réflexion : comment, dans les conditions actuelles, un parti engagé dans un combat durable contre toutes les formes de xénophobie et de préjugé ethnique peut-il accoucher d’une image dont la première des propriétés est de réveiller le vampire et de le faire revenir dans le présent ? La réponse est, pour moi, distincte : ces gens-là ont perdu pied dans la réalité présente, sans prise sur elle, lost in translation dans le présent. Ce qu’il croient savoir « manque totalement de réalité(s) » – j’emprunte la formule à Nietzsche.
La seconde chose que je voudrais rappeler c’est que reconnaître qu’on a commis une faute politique, ce n’est évidemment pas la même chose que se confondre en excuses et battre sa coulpe, se couvrir le visage de cendres, etc. Ce qui fait sens, dans un tel contexte, c’est la pleine reconnaissance du tort produit, la lucidité sur soi, pas l’exubérance des rites de contrition, la honte portée en sautoir, etc. Toutes ces exhibitions de saison aujourd’hui puent le confessionnal et les prosternations repentantes ; elles gangrènent la vie politique. Quand on fait de la politique, on s’expose à se planter en telle ou telle occasion – et ce n’est pas en se transformant en pénitent blanc ou noir qu’on s’en remettra...
CC : Je vous épargne l’examen plus approfondi, qui serait bien rébarbatif et nous mènerait trop loin de notre problème initial, des mérites respectifs de l’épistémologie constructiviste à laquelle je souscris et de l’objectivisme forcené que vous professez ici. Qu’il me soit seulement permis de préciser le point suivant : le reproche que vous adressez à mon prétendu « subjectivisme » est vraiment à côté de la plaque. Si relativisme il y a, en effet, dans ce que j’ai tenté d’articuler, il ne s’agit à aucun moment du « bon droit » de chaque individu à se bricoler, dans une sorte d’hallucination solipsiste, sa propre réalité. J’ai parlé d’Encyclopédie partagée, d’arrière-plan culturel ; les perspectives (moi aussi je peux brandir mon Nietzsche : « Il n’y a pas de faits mais seulement des interprétations », Fragments posthumes, 7, fin 1886-printemps 1887) s’enracinent dans des communautés interprétatives, et le sujet qui confère des significations au monde dans lequel il pense, parle et agit est un sujet – toujours déjà – socialisé. La notion de « contrechamp » que vous avez développée et dont vous faites un usage salutairement incisif [2] ne présuppose-t-elle pas que le propre d’une scène – historique, politique – est de se prêter à des descriptions ou des narrations distinctes, hétérogènes, parfois jusqu’à l’incommensurabilité, selon les protagonistes qui y sont pris ? Que l’événement de l’invasion de la Belgique par l’Allemagne en août 1914 ait bien eu lieu, c’est une donnée du réel que personne ne songe à mettre en question – mais les historiographies belge et allemande en tirent-elles pour autant des récits exactement identiques ? Les peuples se racontent, chacun de son côté, leurs histoires depuis le bocal dans lequel ils baignent – le « bocal de Veyne », ça doit vous dire quelque chose, non ? [3] – à partir de leurs propres enjeux mémoriels, des chapitres du roman national dont ils pensent avoir besoin pour que les pièces disparates de leur réalité sociale puissent à peu près tenir ensemble. Votre critique de l’ « européocentrisme », ou de l’ « occidentalo-blancocentrisme », que vous poursuivez dans votre dernier livre [4] ; la « déprovincialisation » [5] que vous appelez de vos vœux, consistent bien elles aussi à saisir un ensemble d’événements, le fait colonial, à partir du point de vue de l’Autre, à destituer le grand narrateur blanc de son trône hégémonique au profit d’autres récits, ceux de la plèbe subalterne et racisée.
Le mystère, dans l’affaire qui nous occupe, c’est que ces nuances analytiques, cette complexification théorique des évidences, patiemment élaborées à partir de l’histoire des colonies et de l’impérialisme occidental, partent en fumée dès qu’entre en jeu le motif de l’antisémitisme européen ; c’est que là où se met à rôder le spectre de la Shoah, la réflexion cède le pas au réflexe, sans transition ; c’est qu’après ce que vous avez écrit au sujet d’Israël et de Gaza, avant et après le 7 octobre, vous donniez dans ce travers typiquement lanzmanno-klarsfeldien consistant à dégainer l’Injure suprême sans envisager le réquisit minimal d’un début d’argumentation. Par exemple, il m’aurait semblé pertinent, en lieu et place d’un « de toute évidence », que vous entrepreniez au moins une brève analyse sémiologique susceptible d’étayer le verdict selon lequel l’affiche de la FI fait pendant avec l’imagerie que générait l’antisémitisme racialiste hitlérien ; une analyse sur le modèle de ce vous avez commis naguère au sujet de certaines caricatures de Charlie Hebdo, qui en établissait clairement, pour le coup, la généalogie coloniale et les caractères racistes et islamophobes [6]. Visiblement, il faudra cette fois-ci se contenter de votre « de toute évidence ».
Mais peut-être faudrait-il, afin de parer au risque de tourner en boucle sur ce que nous voyons ou ne voyons pas dans cette affiche, prendre l’affaire par un autre bout, et repartir de votre postulat en admettant qu’il s’agit bien d’une caricature antisémite. Et après ? Que faire de cette vérité, puisque c’en est une ? Quelle sorte de vérité ce postulat établit-il, qui vaudrait que l’on « se batte pour elle » ? Dans quelle mesure cette vérité vaut-elle qu’on s’y attarde ? Cette vérité est la suivante : un mouvement politique de gauche a édité et mis en circulation une affiche qui est une caricature antisémite. Ledit mouvement a fait preuve d’une inculture crasse, il a commis une faute politique et une erreur stratégique, qu’il n’a pas reconnues publiquement avec toute la clarté qu’on était en droit d’attendre de lui, mais il ne peut sérieusement être taxé d’antisémitisme. D’antisémite, il ne reste donc que l’affiche. L’antisémitisme étant condamnable, absolument et sans réserve aucune, l’affiche l’est par conséquent elle aussi, en tant qu’affiche antisémite. L’antisémitisme est condamnable parce qu’il expose la communauté juive à des préjugés discriminatoires, à des brimades de toutes sortes, et à des violences qui peuvent aller, qui sont allées au cours de l’Histoire, jusqu’à des tentatives d’extermination de masse. Il n’est pas impossible que l’affiche, parce qu’elle est antisémite, ait contribué à entretenir ou à attiser les affects antisémites de celles et ceux qui détestent les Juifs, voire même à stimuler des vocations à l’antisémitisme qui déboucheront, ou pas, sur des actes antisémites, lesquels viendront s’ajouter aux statistiques, déjà en forte hausse depuis le 7 octobre, au moyens desquels sont dûment constatées et recensées toutes les manifestations d’antisémitisme. Il appert de cette accumulation de faits irrécusables que lorsque une sarabande multitudinaire d’intellectuels, de journalistes et de politiciens crie haro sur la caricature de Cyril Hanouna après en avoir indubitablement identifié la nature antisémite, son objectif s’inscrit avant tout dans un noble et vigilant combat pour la vérité, et vise à préserver l’ensemble des Juifs de France des velléités pogromistes auxquelles cette affiche pourrait les exposer.
Revenons à un peu de sérieux. La nébuleuse des apprentis-fascistes réticulaires qui a initié cette énième gesticulation médiatique, comme tous les agités du bocal qui lui ont emboîté le pas, sont attachés à la vérité comme la chèvre de Monsieur Seguin l’est à son piquet. Cette séquence s’inscrit dans une série déjà fort ancienne, dont les occurrences sont devenues innombrables depuis le lendemain du 7 octobre, et qui illustre parfaitement ce principe que dans la guerre politique des récits – on y revient – la vérité d’un énoncé, ou d’une image, c’est son usage. La vérité ici en jeu ne vise aucunement à constater la réalité de quelque fait que ce soit ; son registre est strictement performatif. Quand il devient « irrécusable » que « Mme Braun-Pivet campe à Tel-Aviv » ou « L’ennemi ce n’est pas le Musulman mais le financier » sont des propositions antisémites, c’est que le souci du réel a fait ses bagages pour partir en vacances sur une île très lointaine. L’objectif poursuivi, en martelant ce genre d’inepties indignes, c’est évidemment de bourrer tous les crânes de la France votante de cette vérité définitive que Méluche et ses affidés sont antisémites, parce qu’il est nécessaire que leur électorat musulman le soit, parce que la France a autant besoin de cet antisémitisme pour continuer à mener sa guerre obsessionnelle contre l’Islam qu’Israël pour entretenir son statut de victime essentielle, éternellement exposée au retour d’une Shoah en version arabe.
Bien sûr, je ne vous apprends rien en débitant ces banalités. Mais pour finir, très brièvement, sur le point qui vous paraît décisif : je ne serais pas catégorique comme vous l’êtes sur le fait que l’amnésie ou l’ignorance de ceux qui ont fabriqué et validé la fameuse affiche – ainsi que les miennes – soit une très mauvaise nouvelle. Je pense même qu’elles pourraient nous offrir une échappatoire à la pesanteur hypnotique du chantage mémoriel entretenu au sujet de la Seconde guerre mondiale [7], et ouvrir en politique la possibilité d’enfin « changer les termes de la conversation ».
AB : Il me semble que vous ne prenez pas la mesure, philosophiquement et politiquement, du désastre sans précédent que constitue la montée d’un hypersubjectivisme dont le corollaire est l’élimination du réel, comme instance structurante de notre être-au-monde ; avec, ce qui va de pair, l’idée, désormais la mieux partagée dans les courants d’opinions les plus divers que seuls comptent le storytelling, les éléments de langage, que tout n’est que fictions et histoires qu’on raconte et que les faits ont vocation à s’effacer devant les interprétations. La conséquence de la généralisation de ce pli désastreux, c’est qu’on revient au monde de Calliclès – la seule chose qui importe, ce sont les rapports de force – ce qui va permettre à mon récit, à mes mots de l’emporter sur ceux des autres, dans un monde où les histoires et les intrigues qui s’affrontent sont totalement émancipées du réel – c’est la politique de Trump, mais c’est exactement la même matrice qui se retrouve, pour revenir à ce qui nous occupe ici, dans le numéro spécial de Paroles d’honneur [8] consacré à l’affaire nouée autour de l’affiche de LFI. La prise d’ascendant, par définition indifférente à la rationalité et à la probité des moyens qu’elle emploie, est devenue, en toutes choses, le but ultime, sacré. Ce qui me frappe, dans le morceau de bravoure de Paroles d’honneur, c’est le recours massif à ce procédé que les Anglo-saxons appellent Whataboutism. Celui-ci consiste, pour l’essentiel, lorsque nous sommes placés en situation d’avoir à rendre compte d’un méfait commis par une partie à laquelle nous sommes identifiés, à nous défendre en rétorquant : voyez plutôt ce que font les autres, nos adversaires, nos ennemis, et qui est bien pire ! Voyez surtout ce que font ceux qui nous accusent et qui est infiniment plus grave que tout ce dont nous pourrions avoir à rendre compte !
Lorsqu’on est pris dans le courant des polémiques, des incriminations, des suspicions qui sont le lot quotidien de la lutte politique, sous un régime de la politique où prévaut l’agonisme, la figure du conflit, où personne ne fait de cadeau à personne, il est en effet bien difficile de répondre aux adversaires, à l’ennemi sans jamais recourir à des arguments inspirés par cette tournure d’esprit et cette figure du discours – mais qui es-tu, toi, le fasciste, le nazi, pour me reprocher, à moi, communiste, le goulag (ou inversement) ? Le problème, c’est qu’un usage systématique de la rhétorique whataboutiste aboutit non seulement à repousser l’adversaire dans les cordes, mais à rendre transparent l’objet de l’incrimination première – à un déni de réalité – comme cela s’est vu très distinctement, à l’occasion du procès Kravchenko et de ses suites (1949...) où tout l’argumentaire stalinien, consistant à mettre en évidence la motivation anticommuniste de Kravchenko et de ses puissants soutiens, avait bel et bien comme but ultime de faire disparaître l’archipel du goulag de la ligne d’horizon – ceci au nom, entre autres, du respect dû aux morts des camps nazis... C’est exactement le même procédé rhétorique dont abuse la passionaria de Paroles d’honneur et que vous reprenez à votre compte lorsque vous mettez en avant l’acharnement des adversaires de LFI (dont je n’ignore rien, je ne suis pas l’oisillon tombé du nid) à discréditer Mélenchon et ses amis en leur collant sur le dos, une fois de plus, l’étiquette infamante, l’étiquette à tout faire – antisémite.
Cependant, une fois que vous serez lassé d’enfoncer cette porte ouverte, il vous faudra encore répondre à la question qui, en l’occurrence, demeure prioritaire – celle qui nous conduit au réel, par-delà le maquis des fictions et récits entrechoqués : quid, avec tout ça, de l’affiche dont l’existence tangible a donné lieu à toute l’affaire ? Car c’est bien à cela qu’il nous faut en revenir, lorsqu’est retombée la poussière des éclats de voix et des entre-incriminations qui constituent la texture serrée de l’affaire. C’est qu’en effet, à vous suivre, on dirait qu’au fond, peu importe que Dreyfus ait été coupable ou pas... Ce qui importerait vraiment, c’est la façon dont, à l’occasion de l’Affaire, se sont démasqués les antisémites et déchaînées les passions judéophobes – eh bien, non : il nous importe fort, et en premier lieu, de savoir, d’un savoir assuré et fondé sur les faits, que Dreyfus était innocent.
De la même façon, ce qui compte en premier lieu, dans notre affaire, c’est de savoir ce qu’il en est de cette affiche, en particulier, une fois la brouillard des généralités toxiques (« LFI antisémite », etc .) dispersé. Etablir le fait, c’est ici ce qui, contre le courant général de déréalisation du réel, nous permet de demeurer amarrés dans la texture non imaginaire, non fictive, non soumise aux conditions du storytelling, du présent. Les faits et les objets du réel ne s’effacent pas devant les intentions mauvaises de l’ennemi. Et, lorsqu’ils nous incriminent, ils persistent à être ce dont nous devons rendre compte, ce à quoi nous devons faire face. Au procès de Tokyo, les criminels de guerre japonais de classe A avaient beau jeu d’invoquer, comme circonstances non pas atténuantes mais absolutrices, les crimes du colonialisme occidental en Asie du Sud-Est, les pratiques hégémonistes des Américains dans le Pacifique... Mais l’écueil sur lequel se brisent ces arguments opposés à la « justice des vainqueurs » demeure toujours le même : rien de tout ce que vous pourrez avancer ici en matière de comparaisons et de contre-accusation ne sera susceptible d’effacer ce que vous avez fait – les crimes abominables dont vous vous êtes rendus coupables en Chine et en Asie du Sud-Est tout au long de l’occupation de ces territoires par l’Armée impériale. Et pour ces crimes, comme tels, et quel que soit leur degré de comparabilité avec d’autres, commis par d’autres parties, vous méritez d’être pendus. Seul un raisonnement de ce type sauve les droits du réel face aux diversions de ceux dont l’intérêt vital (ou la faiblesse d’esprit) est de tenter de nous convaincre que nous vivons, désormais, sous un régime général dans lequel les faits sont devenus solubles dans les interprétations.
Nous avons à faire face ici, bien heureusement, à un cas de figure infiniment moins dramatique, mais ce qui importe, en pareil cas, ce sont les opérations de pensée qui s’affrontent, lorsqu’est en question un objet du présent hautement litigieux. Ce qui me frappe et me désole, aussi bien dans la position adoptée par Tsedek que Paroles d’honneur, dans cette affaire, c’est leur choix délibéré opéré par ces groupes en faveur de l’équivalent de ce qu’est la Raison d’Etat pour nos gouvernants, c’est-à-dire en l’occurrence la fidélité à un appareil politique (passablement brinquebalant et engagé dans une voie sans issue au demeurant) plutôt que, tout simplement, au parti du réel, c’est-à-dire à la vérité des faits.
Or, la vérité des faits, c’est que, par la grâce d’une combinaison d’ineptie, de distraction et d’intelligence artificielle, des dirigeants de LFI ont laissé passer (apposé leur nil obstat) sur une affiche dont le propre est d’insulter les morts, et pas n’importe lesquels – les victimes de la Shoah qui, dans leur immense majorité, étaient plèbe plutôt que banquiers. Or, ces morts nous tiennent à cœur, non pas du fait des injonctions mémorielles formulées par l’Etat (la religion civile et civique de la Shoah), mais parce que leur condition de parias acosmiques les rapproche de nous, nous rapproche d’eux. Et ce sont bien eux, issus pour la plupart du Yiddishland, plutôt que les Rothschild que ciblaient les caricatures antisémites nazie et collabos dont l’affiche-Hanouna est le copié-collé. En éludant cette parenté, les gens de Tsedek renient et insultent leurs propres morts. Quant à ce qui se rassemble autour de Paroles d’honneur et qui se reconnaît dans ce qui s’y profère (et sur quel ton !), on s’amusera ou s’attristera, selon l’humeur du moment, à constater l’incohérence d’un parcours qui, un jour, passe par la case de la judéophilie sentimentale (le texte de Houria Bouteldja dans Contre l’antisémitisme et ses instrumentalisations [9]) et le suivant par le déni le plus flamboyant d’une flagrante sortie de route consistant en la mise en circulation d’une affiche en forme de « à la manière de... » Strasser, Goebbels, Harlan et Vallat...
Tout cela pour s’accrocher à la bouée crevée du conservateur des antiquités de la social-démocratie au poing et à la rose...
C’est le privilège des Juifs de raconter sur eux-mêmes des blagues ou de proférer dans l’entre-soi des paroles qui, dans la bouche des « autres » seraient immédiatement cataloguées et dénoncées comme insupportablement antisémites. Il m’est resté en mémoire que, lorsque, dans une autre vie, j’étais marié à une Israélienne antisioniste et fille de survivants de la Shoah (le reste de la famille ayant fini dans les chambres à gaz), une blague récurrente tournait autour de Juifs présentant des phénotypes les rapprochant de l’iconographie antisémite et dont on disait avec un sourire sardonique : « Une belle gueule de Stürmer, celui-là ! », une formule qui, dépliée, veut dire : un tête à figurer en bonne place dans le canard d’agitation antisémite Der Stürmer. Le problème premier, avec l’affiche-Hanouna dont ont pu ne pas s’aviser les promoteurs de l’affiche qu’au prix de la cécité la plus complète, est précisément la proximité entre la bobine de cet agitateur de choc et les stéréotypes iconographiques nazis ; ce qui a pour effet inévitable qu’une accentuation des traits du personnage par le biais de retouches délibérément péjoratives, cela produit ce que l’on a vu : un remake d’affiche antisémite. Parfois, d’ailleurs, on en viendrait même à se demander si ce boutefeu exhibitionniste, narcissique et racoleur ne cultive pas cette proximité avec la caricature du Juif éternel des nazis, histoire d’épater la galerie et de faire passer le message – je suis l’intouchable au faîte de sa puissance, je vous défie, je vous emmerde – un parfait clone à ce titre de l’Etat d’Israël en version Netanyahou. Du coup, ne demeure plus que cette alternative, lorsqu’il s’agit d’évaluer le « coup » tenté avec cette campagne de pub : soit ses auteurs sont vraiment trop cons de n’avoir rien perçu de ce subliminal explosif (ce qui devrait leur valoir, pour le moins, d’être immédiatement renvoyés à la base du parti), soit ils ont délibérément joué avec le feu et, dans ce cas, c’est bien la moindre des choses que le ciel leur soit tombé sur la tête.
A vous de juger.
[1] A. Brossat, Comparer l’incomparable. Naissance d’une nation et Le Juif Süss, De l’incidence éditeur, 2021. (Nde)
[2] Depuis « Le monde est comme ça et Révolution Zendj » (https://ici-et-ailleurs.org/contributions/esthetique-et-critique/article/le-monde-est-comme-ca-et), dans de nombreux textes ultérieurs sur l’histoire coloniale, le traitement médiatique du terrorisme ou les rapports du Nord global à la Chine.
[3] « Le bocal de Veyne », Appareil, Décembre 2010 (https://journals.openedition.org/appareil/1140), repris dans A. Brossat, Abécédaire Foucault, Demopolis, 2014.
[4] L’imaginaire colonial au cinéma. Qu’est-ce qu’un film colonial ?, Eterotopia, 2025.
[5] « De la provincialisation/déprovincialisation comme deuxième souffle » (https://ici-et-ailleurs.org/rencontres/universite-d-ete-2016/article/de-la-provincialisation)
[6] « Un long hiver républicain » (https://ici-et-ailleurs.org/contributions/actualite/article/un-long-hiver-republicain)
[7] Sur ce point, je me permets de renvoyer à « “Auschwitz”. La mémoire-écran » (https://ici-et-ailleurs.org/contributions/actualite/article/auschwitz-la-memoire-ecran)
[8] Paroles D’Honneur, « Effigie d’Hanouna et propagande anti FI : Etre à la hauteur de l’histoire » (https://www.youtube.com/watch?v=z6x2zytKGkc&t=659s) [Nde]
Ici et ailleurs
Messages
27 mars 2025, 10:35, par Oij
Ce dialogue est en tout point admirable de complexité et de décentrement - preuve, s’il en fallait, de la supériorité de la forme "dialogue" sur celle de l’essai ou du traité. Et s’il faut juger l’affaire, l’hypothèse la moins improbable est que les auteurs de l’affiche ont plutôt été trop cons, comme beaucoup d’entre nous qui n’avaient pas les références à la propagande nazie suffisamment présente à l’esprit.
Sur PDH et Tsedek, le réquisitoire est injuste. Leur analyse ne se limite pas à renvoyer les accusateurs à leurs propres turpitudes - ce qui est, reconnaissons le, un argumentaire assez inconséquent. Elle est plus complexe que cela.